En
novembre dernier, la mairie de Birmingham a reçu une lettre faisant état d’un
plan d’infiltration des écoles publiques de la ville mis en place par un groupe
d’islamistes radicaux. Il s’agissait pour ceux-ci, selon la lettre, d’obtenir
la majorité dans les conseils d’administration des écoles, pour ensuite faire
appliquer dans l’école toute une série d’actions « pro-islam », selon
un schéma déjà mis en place dans d’autres écoles d’un quartier à forte
implantation musulmane de la ville. La stratégie dite « du cheval de
Troie » selon le terme repris dans la presse aurait consisté en une
éjection progressive des non musulmans du conseil d’administration du lycée,
l’instauration d’une ségrégation des filles par leur relégation à l’arrière des
classes, l’organisation de pèlerinage à la Mecque pour les élèves, le
harcèlement des familles dont les enfants auraient des comportements immoraux
tels que s’embrasser dans la rue, la mise au ban des professeurs non conformes
à la morale islamique. La lettre mentionne également des prières obligatoires
dans les écoles publiques désormais sous contrôle et l’organisation de prêches
dans les locaux.
La
lettre a circulé dans différents bureaux de la mairie qui se sont refilés la
patate chaude, puis l’ont transmise à la police où quelqu’un l’a envoyée au
ministère de l’intérieur par l’entremise duquel elle est arrivée au ministère
de l’éducation nationale. Quatre enquêtes séparées ont été diligentées dans les
écoles sensées être déjà infiltrées. Le ministre de l’éducation nationale, M.
Gove, puis le premier ministre D. Cameron en sont allé chacun de leur sortie
médiatique. L’un et l’autre ont décidé de « renforcer la promotion des
valeurs typiquement britanniques » dans toutes les écoles du Royaume. La
démocratie, le respect des lois, la liberté individuelle, le respect mutuel et
la tolérance envers les personnes ayant d’autres croyances ou d’autres fois
font partie de ces valeurs qualifiées de britanniques - que nous pourrions tout
aussi bien décréter républicaines de ce côté de la Manche.
Le très
sérieux journal britannique «The
Guardian » souligne avec quelle facilité une simple lettre porteuse de contre-vérités et d’exagérations a
pu se transformer en affaire nationale au point que la démission du ministre de l'Education Nationale ait été un moment envisagée. Le plus inquiétant n’est
pas là. Les inspecteurs ont
trouvé une situation moins extrême
et plus complexe que ce à quoi la lettre et le buzz médiatique les conduisaient
à attendre, questionnant toutefois le niveau de liberté que l’Etat accorde aux
conseils d’administration des écoles publiques. Un glissement vers un
excès de pouvoir, somme toute assez classique, qu’on peut constater dans des
organismes de toutes natures, comme la FIFA, les Universités, les services
publics. Ici et pas là, on a crié à la mise en danger de valeurs fondamentales
de la communauté britannique. Sans doute est-ce parce que le point de
focalisation a évolué. D’une investigation sur l’emprise d’un extrémisme, on a
glissé vers une investigation et une prise de conscience de la
« possibilité d’un glissement vers une forme d’extrémisme ». On a
quitté subrepticement une logique de guerre défensive pour aller vers une
guerre préventive.
« Attaquons-les, pour nous prévenir du risque qu’ils ne nous
attaquent ». « Si ce n’est pas si grave aujourd’hui, cela pourrait
l’être demain ».
Si les
extrémistes d’hier étaient les poseurs de bombes, ce sont aujourd’hui des croyants plus ou moins rigoristes qui sont
suspects, sinon coupables. Peut-être demain en viendra-t-on à considérer que le
fait de croire en Dieu constitue per
se une menace pour la
sécurité nationale ? Le problème, dans le cas des écoles de Birmingham,
c’est qu’il s’agit dans le cas de figure d’établissement particulièrement
performants. Les gamines, musulmanes ou pas, projettent de devenir l’une
avocate, l’autre psychiatre. Le même corps d’inspecteurs qui doit déposer un
rapport sur les pratiques prétendument prosélytes a précédemment acclamés ces
mêmes écoles pour leurs résultats académiques ainsi que pour leur rôle positif
dans l’intégration de populations d’origine étrangère. L’extrémisme et les
préjugés ne sont peut être pas toujours du côté que l’on croit. Une occasion
pour nous de réaffirmer le modèle laïque français, ses garanties de liberté de
culte et de croyance et la question des valeurs qui ne sont sans doute à bien y
regarder ni républicaines, ni britanniques, mais universelles. Elles sont donc partagées par les
religions dans leur composante ouverte sur la société, qui sont constitutives de la civilisation en
mouvement, lorsqu’elles nous
ouvrent à nous-mêmes et à la rencontre de l’autre dans le respect de son
identité singulière.
Vincent
Grosjean
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