vendredi 24 janvier 2014

Pour un pacte de solidarité


L’année dernière au mois d’avril, François Hollande avait élevé la lutte pour l’emploi au rang de « cause nationale ». C’est probablement au nom de cette cause qu’au cours de la dernière période, le président français a renforcé son tournant libéral et accédé aux revendications des entreprises en baissant les charges sociales et familiales sur les salaires.

Or cette idée que la baisse du coût du travail entraîne la création d’emploi est une idée fausse. Le coût du travail intervient de moins en moins dans le calcul de la valeur et dans le prix de vente des produits. Par exemple il ne représente que 5 à 8 % du prix d’une automobile chez Peugeot. Ce n’est donc pas en diminuant les charges salariales de quelques points qu’on créera des emplois.
Cette tendance vers la diminution du coût du travail est due en grande partie aux progrès techniques et à la modernisation des outils de production qui remplace de manière irrémédiable le travail humain. C’est une réalité historique qu’aucun économiste ne peut nier.

Les causes profondes du chômage en France et de son augmentation ne sont pas à trouver dans le coût du travail. D’ailleurs les entreprises le savent pertinemment. Et de leur point de vue, il serait très risqué de promettre des emplois contre des baisses de charge comme le souhaite François Hollande dans son pacte de responsabilité.

En revanche si cette baisse des charges patronales a pour conséquence d’augmenter la rigueur pour tous, car il faudra bien trouver ailleurs les sommes redonnées aux entreprises, le risque est grand de renforcer encore la crise sociale, et notamment la pauvreté en France.
Il y a deux jours François Chérèque, l’ancien leader de la CFDT a remis un rapport sur la pauvreté dans notre pays. Près de 9 millions de personnes, soit presque 15% de la population, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre de pauvres en France augmente sans cesse depuis plus de quinze ans, notamment parmi les jeunes de 18 à 29 ans et les familles monoparentales.

Depuis 40 ans la productivité du travail dont on ne parle jamais, a fait des pas de géant. C’est cette augmentation de la productivité qui est en fait la cause principale des difficultés économiques actuelles. Le progrès technique entraîne de fait une diminution très importante du nombre nécessaire d’heures de travail pour produire la même quantité de richesse.
Cette productivité est le signe évident d’un progrès qu’il faut encourager. Il est alors nécessaire de partager le travail. D’ailleurs ce partage est en cours actuellement, mais il s’effectue de manière sauvage, non régulé, au détriment des salariés. La durée moyenne du travail est d’à peine 30 heures si on compte les salariés en temps partiel. Si on compte les demandeurs d’emploi elle descend à moins de 25 heures par semaine pour produire autant de richesse.

C’est donc l’inverse qu’il faut faire. C’est vers la réduction du temps de travail qu’il faut aller. Bien sûr cette réduction ne peut pas se mettre en place dans le cadre économique actuel. Mais elle est nécessaire. Elle est le levier le plus puissant dont nous disposons pour sortir du chômage et de la pauvreté.
Pour continuer de voir dans le travail une source essentielle de la réalisation personnelle, ne faut-il pas que tout le monde y ait accès ? Pour cela il faut revoir notre modèle de développement et redéfinir notre conception du progrès.

Il faut revenir aux fondamentaux et répondre à cette question simple : à quoi sert l’économie ? Elle sert à satisfaire nos besoins, et pas à satisfaire des marchés. Il est aujourd’hui nécessaire de passer à un nouveau mode de développement qui donne la primauté à l’homme. Il faut concevoir et inventer collectivement une économie solidaire de partage, plus social et plus écologique.

François Baudin



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