vendredi 25 novembre 2016

La France en danger ?


Pour beaucoup de journalistes, le débat de jeudi soir dernier entre les deux candidats de la droite et du centre fut d’un haut niveau politique, d’une grande qualité, d’une grande urbanité entre deux hommes d’Etat qui ont occupé les plus hautes fonctions dans un passé récent.
On avait affaire d’après ces médias à une joute homérique où les héros des deux camps représentaient un point de vue honorable, savaient se respecter mutuellement, s’écouter. Et bien entendu ces deux hommes sauront se retrouver ensuite, après la bataille, car ils sont d’accord sur l’essentiel.  Pour l’un comme l’autre, ce n’est qu’une affaire de méthode. L’un plus brutal veut trancher dans le vif, l’autre plus consensuel veut rassembler et convaincre.
Et c’est vrai ces deux hommes sont bien en accord sur l’essentiel. Et sur l’essentiel, il n’y eut aucun débat ce soir là.
Mais comment se nomme cet essentiel, que recouvre-t-il exactement ?
L’essentiel pour eux, c’est de dire que si la France va mal, c’est à cause des salariés du public et du privé qui ne travaillent pas assez et gagnent trop. Il faudra donc y remédier : faire travailler plus pour gagner moins. Précariser le plus possible le contrat de travail, rendre souple et fluide le marché du travail, supprimer le droit des salariés. Ubériser l’économie. Les deux candidats disent qu’avec ces mesures, on retrouvera le plein emploi, la croissance économique. On sait bien que c’est en licenciant, en précarisant, en augmentant la durée du travail en allongeant l’âge de la retraite jusqu'à 70 ans qu’on créé des emplois.
Le nombre de chômeurs actuels nous l’indique : licencier pour créer des emplois est probablement le meilleur slogan que l’on ait jamais trouvé et qui pourrait faire rire Raymond Devos, s’il ne se soldait pas par une plus grande misère dans notre pays.

Pour ces deux hommes, l’essentiel est dire que l’Etat est trop coûteux : les fonctionnaires furent alors ce soir là, la cause de tous nos maux. La différence s’est située sur les chiffres : l’un dit qu’il y a environ 250 000 fonctionnaires en trop, l’autre 500 000, pourquoi pas un million. Où sont ces fonctionnaires ? Dans la police, à l’hôpital, dans l’éducation nationale. Où ? Il faudra le dire.
L’essentiel pour eux c’est aussi la fiscalité trop injuste envers les riches. Supprimer l’impôt sur la fortune, réduire les droits de succession, diminuer les barèmes de l’impôt sur le revenu et augmenter la TVA qui frappe tout le monde et rapporte gros. Chacun sait que c’est en redonnant de l’argent à ceux qui en ont déjà que les plus pauvres s’enrichiront.

Alors la France se trouve-t-elle en danger ?
Oui, une certaine idée de la France a totalement disparu de la pensée politique : celle de la solidarité, de la redistribution, d’une recherche de l’égalité. Celle de l’Etat garant de la justice sociale.
La mise en place des réformes prévues par ces candidats agrandira encore la fracture sociale entre ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas, entre ceux qui peuvent se soigner et ceux qui ne peuvent pas, entre ceux qui partent en vacances et ceux qui ne partent jamais, entre ceux qui peuvent aller dans les grandes écoles et ceux qui en sont exclus, etc, etc.

Il s’agit d’une tournant historique où les mots de fraternité, égalité, justice deviennent des gros mots que plus personne n’ose prononcer.
Je conseille simplement à ces deux candidats qui revendiquent le fait d’être catholique, de relire attentivement les textes sur la doctrine sociale de l’Eglise.

François Baudin 

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