lundi 22 avril 2019

Inculpation purement politique de Julian Assange par Craig Murray



Traduction d'un texte de Craig Murray, ancien ambassadeur britannique et membre de l’équipe Wikileaks, au sujet de l’inculpation purement politique de Julian Assange,

Chelsea Manning et Julian Assange sont maintenant en prison tous les deux. On leur reproche à tous deux des infractions en lien avec la publication d’éléments révélant des crimes de guerre commis par les États-Unis en Afghanistan et en Irak ; ils ne sont accusés de rien d’autre. Quel que soit les mensonges que les politiciens ou les médias dominants essaieront de vous faire avaler, c’est cela la vérité. Manning et Assange sont d’authentiques héros de notre temps et c'est pour cela qu'on leur impose milles souffrances.
Si un opposant politique russe avait été enmené sans ménagement par des policiers armés, puis inculpé trois heures plus tard pour un motif politique par un juge manifestement soumis au pouvoir politique, sans aucun jugement contradictoire, avec une longue incarcération à la clef, vous imaginez la réaction des médias occidentaux devant un tel fonctionnement de la justice ? Et pourtant, c’est exactement ce qui vient de se passer à Londres avec Assange.
Michael Snow, juge de district, est la honte de la magistrature. Il a manifesté ouvertement des préjugés sans fondement contre Assange la semaine dernière, au cours des 15 minutes qu’il lui a fallu pour entendre l’affaire et déclarer Assange coupable. À côté de cette mascarade grotesque, les tribunaux de dictateurs auxquels j’ai assisté personnellement, dans le Nigéria de Ibrahim Babandiga ou l’Ouzbekistan de Isam Karimov, étaient des modèles de modération, de justice et de raison.
Un moment clef de ces quinze minutes témoigne de l'iniquité du comportement du juge dont Assange a fait l’objet .  Pendant la brève procédure, Julian Assange n’a pris la parole que pour dire « non coupable » deux fois, et pour poser une question brève sur la raison pour laquelle l’accusation avait changé de nature à mi-chemin de ce soi-disant « procès ». Et pourtant, le juge Michael Snow l’a accusé de « narcissisme ». Rien de ce qui s’est passé au cours de l’audience ne pouvait donner le moindre raison de le penser, c’était manifestement une idée qu’il avait apportée avec lui, qu’il avait lue dans les médias dominants ou entendu à son club. C’était, en fait, la définition même d’un préjugé, et le raccourci qu’a fait ce « juge » est une honte absolue.
Je fais partie de l’équipe de Wikileaks et de l’équipe juridique et nous tous, Julian y compris, sommes galvanisés plutôt qu’abattus. Au moins, les soi-disant libéraux ne se cachent plus derrière des allégations suédoises absurdes ou des questions de rupture de libération sous caution. Le véritable mobile, la vengeance pour les révélations de Chelsea Manning, est maintenant sur la table.
Soutenir la persécution d’Assange dans ces circonstances, c’est soutenir la censure absolue du net par l’État. C’est soutenir le fait que tout journaliste qui reçoit et publie des documents officiels révélant des actes répréhensibles du gouvernement US peut être puni. De plus, cette procédure traduit un boost stupéfiant de la notion de juridiction universelle. Assange n’était pas aux États-Unis quand il a publié les documents, mais les tribunaux US se déclarent compétents. Il y a là une menace pour la presse et la liberté du net dans le monde entier.
Nous vivons une époque inquiétante. Peut-être aussi la plus inspirante de toutes les époques.

Craig Murray est auteur, homme des médias et militant des droits humains. Il a été ambassadeur britannique en Ouzbekistan de 2002 à 2004 et Recteur de l’Université de Dundee de 2007 à 2010. Cet article a aussi été publié sur son site.

jeudi 4 avril 2019

GILETS JAUNES COMMUNIQUÉ DE VICTOIRE N°1


Les Gilets Jaunes du rond-point du Campanile, dit le rond-point d’Olivier
Villeneuve-sur-Lot le 28 mars 2019

GILETS JAUNES COMMUNIQUÉ DE VICTOIRE N°1
Victoire : la colère que chacun pensait ressentir solitairement a rencontré celle du plus grand nombre !
Victoire : les Gilets Jaunes ont brisé dans la population le sentiment d’accablement et de fatalité qui donnaient aux puissants la certitude d’avoir définitivement gagné !
Victoire : les ronds-points, zones sans vies et très coûteuses pour les communes, sont devenus des lieux humains de rencontres et de partages !
Victoire : ce qui était destiné à gérer la circulation pour en accélérer encore la fluidité- productivité se sont transformés en espaces où le temps se dépense sans compter à bavarder directement sur la vie et le monde !
Victoire  : le terrorisme d’Etat mené à coups de mutilations, de LBD 40, de menaces militaires et pratiquant une brutalité sans pareil n’a pas réussi à stopper la poursuite, semaines après semaines, les manifestations et rassemblements. !
Victoire : malgré l’hiver, le froid et la pluie, les Gilets Jaunes ont continué à tenir partout les ronds-points !
Victoire  : l’Etat doit sortir les blindés et mettre à bas le masque des mensonges sur la démocratie !
Victoire : les services de police et de surveillance sont pris à contre pied et se trouvent confrontés en permanence à des situations dont la logique leur échappe !
Victoire : le mouvement des Gilets Jaunes a permis de mettre fin au faux consensus dans la société, et de voir, enfin, qui sont ceux qui souhaitent un mieux-être commun et qui sont ceux qui ne pensent qu’à leurs seuls intérêts !
Victoire : malgré tous les coups, mensonges, calomnies, insultes, mépris que n’ont eu de cesse de déverser médias et politiques, les Gilets jaunes ne sont pas mêlés de polémiques et de faux débats !
Victoire : partis d’une opposition aux taxes, les Gilets Jaunes sont entrés sur le terrain d’une remise en cause radicale de la société !
Victoire : les étiquettes, automatismes et fétiches politiques ont été mis au rancard au profit de pratiques concrètes !
Victoire : après quatre mois d’existence le mouvement n’a pas l’intention de se trouver un leader, au grand dam des autorités qui n’ont personne à se mettre spectaculairement sous la dent !
Victoire : face à la terreur d’Etat, les capacités créatives et collectives des Gilets Jaunes inventent sans cesse de nouvelles stratégies !
Victoire : les partis politiques sont, parmi les Gilets Jaunes, regardés avec hostilité !
Victoire  : après des décennies d’humiliation, d’isolement et d’écrasement, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de personnes relèvent la tête !
Victoire : le mouvement des Gilets Jaunes inspire des millions de personnes sur toute la planète !
Victoire : au soir du 1
er décembre le Medef a demandé à ses adhérents de « lâcher du lest vis-à-vis des salariés » « au risque de tout perdre ».... !
Victoire  : confronté à la quantité et à la qualité des discussions, recherches, inventions et échanges, le « Grand Débat National » est apparu pour ce qu’il est : une grotesque comédie dont les seuls bénéfices sont destinés aux dirigeants !
Victoire : il est de plus en plus fréquent d’entendre des Gilets Jaunes refuser de se plier à cette fausse division entre casseurs et pacifistes (!) !
Victoire : les Gilets Jaunes sont et restent le cauchemar des décideurs, des autorités et des prédateurs en tous genres !
Victoire : le mouvement se construit lui-même et au fur et à mesure, dans une grande confiance à l’égard de sa popularité et la plus grande défiance vis-à-vis des méthodes obsolètes d’organisation !
Victoire : les Gilets Jaunes remettent au centre des discussions et réflexions la question de la société dans son ensemble et pas seulement des préoccupations liées au travail ou à des secteurs particuliers !
Victoire : la plupart des politiciens polémiquent ridiculement entre eux pour savoir qui est « le plus Gilet Jaune » ou qui « [les] avait annoncés avant tout le monde », pendant que les Gilets Jaunes les regardent avec indifférence, mépris ou moquerie, selon les jours !
Victoire : le gouvernement a été ridiculisé par l’ONU qui l’accuse de « usage abusif de la force et de restriction grave aux droits de manifester » !
Victoire : les réseaux sociaux apparaissent finalement inadéquats à cette soif de rencontres, d’échanges et de coordinations directs entre les gens !
Victoire : l’égalité, la bienveillance et la tolérance sont les principes intangibles auxquels, dans les faits, se tiennent les Gilets Jaunes !
ET C’EST LOIN D’ÊTRE FINI !
Les Gilets Jaunes du rond-point du Campanile, dit le rond-point d’Olivier en hommage à notre ami tué le 20 décembre 2018
Villeneuve-sur-Lot le 28 mars 2019

vendredi 22 mars 2019

RETOUR DE CORÉE DU NORD Conférence de Claude VAUTRIN




Conférence le mardi 2 avril 2019
MJC Pichon (bld recteur Senn) à 20 heures.
à Nancy

A l’occasion de la sortie de son dernier livre : Corée du Nord, L’autre dimension

Parcourant le monde depuis plus de trente ans, traquant les trous noirs de l’information, Claude Vautrin, grand-reporter et écrivain, est allé voir, et un peu plus. Il nous livre dans cette conférence Corée du Nord, l’autre dimension, des éléments d’information, des illustrations, des témoignages inédits, sachant qu’aucun sujet, aucun lieu n’est tabou pour qui veut comprendre le monde.

Originaire de Nancy, diplômé de Sciences Po Paris et lauréat de la Fondation Zellidja, Claude Vautrin est journaliste et écrivain. Il a écrit plusieurs romans, nouvelles et récits, dont Grand reporter, le pas de côté et Mapuche et fier de l’être aux Editions Kaïros.


lundi 18 mars 2019

Corée du Nord, L'autre dimension de Claude Vautrin




Savez-vous que Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord abrite depuis 2011 une université financée par des fonds privés américains ? Que l’autonomie est le mot-clé des entreprises ? Que les énergies renouvelables connaissent un boom certain dans le pays sans doute le plus décrié de la planète, le moins connu aussi ? Que, parmi les conséquences des sanctions internationales, figure la décision du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme de cesser toute aide humanitaire à ce pays.

Parcourant le monde depuis plus de trente ans, traquant les trous noirs de l’information, Claude Vautrin, grand-reporter et écrivain, est allé voir, et un peu plus. Il nous livre dans Corée du Nord, l’autre dimension, des éléments d’information, des illustrations, des témoignages inédits, sachant qu’aucun sujet, aucun lieu n’est tabou pour qui veut comprendre le monde.

Originaire de Nancy, diplômé de Sciences Po Paris et lauréat de la Fondation Zellidja, Claude Vautrin est journaliste et écrivain. Il a écrit plusieurs romans, nouvelles et récits, dont Grand reporter, le pas de côté et Mapuche et fier de l’être aux Editions Kaïros


BON DE COMMANDE

Kairos
33, rue Ludovic Beauchet
Nancy 54000
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Veuillez expédier……exemplaire(s) du livre

Corée du Nord
L’autre dimension

De Claude Vautrin
(19 € l’exemplaire)

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dimanche 10 mars 2019

Conférences : En attendant les Gilets jaunes



En attendant les Gilets jaunes


Quelle est la raison de publier aujourd’hui ces conférences dites intempestives prononcées au moment de la vague d’attentats islamistes ? Quatre années se sont écoulées.
Depuis le 17 novembre 2018 la situation a changé dans notre pays. Que s’est-il passé ? Le mouvement des Gilets jaunes est apparu. Des manifestants ont occupé des ronds-points un peu partout en France. Ils descendent régulièrement dans les rues des villes pour revendiquer la justice sociale et fiscale, le partage des richesses, plus de démocratie, et une citoyenneté active.
Alors que les attentats islamistes à partir de janvier 2015 nous avaient tétanisés, laissant la plupart d’entre nous dans la stupeur et dans une impasse identitaire devant laquelle il fallait agir, les Gilets jaunes nous sortent de cette phase. Même si le risque terroriste islamiste est toujours là, on sent bien que la période historique est passée et que l’espoir d’un monde meilleur, plus égalitaire et plus démocratique renaît à la faveur de ce mouvement populaire.
Le mouvement est exemplaire à plus d’un titre, il redonne une perspective d’émancipation à un pays tout entier enlisé dans une crise économique et sociale qui venait l’anesthésier. L’horizon s’est éclairci depuis novembre 2018.

La révolte vient de loin, elle est très profonde et touche les couches les plus populaires de notre pays. Il semble que le pouvoir et les institutions étatiques auront quelques difficultés à la faire rentrer dans le rang.
Ce mouvement est spontané et encore inorganisé malgré quelques tentatives très intéressantes de se coordonner démocratiquement comme cela a eu lieu le 27 janvier 2019 à Commercy dans la Meuse à travers une assemblée des assemblées ; il nous réconcilie avec le pays que l’on pensait en proie à ses démons nationalistes et communautaristes, à la démobilisation ou encore au renoncement face aux inégalités monstrueuses que ce monde produit.
Le mouvement à lui-seul déconstruit peu à peu tout discours marqué par le repli identitaire fondé sur la différence communautaire et l’inégalité. Il nous sort de la caverne par le haut, c'est-à-dire par l’affirmation du principe d’égalité qui consiste à affirmer l’égalité de tous les hommes au départ et ne pas chercher seulement à l’atteindre. Ce mouvement pose inconsciemment comme principe que tous les hommes sont capables de penser et donc agir et s’occuper des affaires de la cité, d’avoir des émotions poétiques et esthétiques, d’entendre le sens des choses,… devenir des sujets. Ce principe d’égalité de tous les hommes fonde l’action politique et la rend possible.
C’est de cette façon que nous sortirons de notre enfermement identitaire, différentialiste, et aussi de la reproduction sociale. Cela est certain.
Nous n’en sommes peut-être qu’au début, car à l’heure actuelle nul ne sait jusqu’où ce mouvement ira. Peut-être une conscience nouvelle émergera-t-elle face aux énormes puissances économiques mondialisées et à l’État libéral qui les sert. Alors un nouveau sujet viendra frapper à la porte de l’Histoire pour s’y installer. Evènement inouï lorsque des hommes et des femmes qu’on ne comptait pas, qui à aucun titre (talent, mérite, fortune, naissance,…) n’étaient appelés à exercer le pouvoir, des gens de rien qui étaient en excédent-jetable, surnuméraire sur le compte de la société, se mettent soudain à exister, font effraction, occupent les ronds-points et les rues des villes revêtus d’un gilet jaune pour être vus comme incarnation de l’universel-singulier et se rappeler à la politique. Au fond les gens rassemblés dans ce mouvement veulent un autre destin et s’estiment capables de le conduire, et donc capables tout de suite de s’occuper des affaires communes. Le fameux RIC réclamé à cor et à cris en est le symbole simplifié.
Ce qui paraissait hier encore impossible devient possible. Dans ces conditions la politique devient à nouveau pensable. Nous assistons au soulèvement du politique face à la police, à la surrection démocratique de ceux qui ne sont pas destinés à s’occuper des affaires publiques et se mettent justement à s’en occuper. Par la scène polémique qu’ils créent, les Gilets jaunes fondent le sens de l’action politique et imposent l’ordre du jour ; ils rendent visible quelque chose qui était resté invisible. 
Les causes profondes étant toujours là, on ne voit pas bien pourquoi le mouvement s’arrêterait malgré la logique politique-policière dont il est victime. On compte en janvier 2019, plusieurs milliers de blessés et plus de cent éborgnés et mutilés parmi les manifestants.

Il va falloir penser « l’objet gilet jaune », et arrêter de voir et entendre uniquement des grognements, des bruits, des paroles inarticulées parmi cette multitude prétendument haineuse qui ne sait pas ce qu’elle veut et pourquoi elle manifeste. La vague de mépris dont les manifestants continuent de faire l’objet mérite à elle seule d’être analysée. Homophobes, racistes, antisémites, complotistes, tout a été dit pour les disqualifier. Ce mépris me fait penser à certains intellectuels, écrivains, valets du pouvoir et journalistes face à la Commune de Paris en 1871 ou face aux journées de Juin 1848. Deux évènements révolutionnaires où des milliers de Parisiens se sont fait massacrer par l’armée et déporter par les gouvernements de l’époque. Aujourd’hui bien sûr, il n’y a plus de massacre, mais comme je l’ai dit : les éborgnés, les mutilés sont nombreux. Et beaucoup de manifestants ont été emprisonnés, mis en garde à vue ou interdit de manifester. Tout rassemblement est interdit dans la plupart des cas.
A travers l’histoire et devant la levée d’une partie du peuple, la plupart des intellectuels et écrivains ont ouvertement pris position contre avec une virulence qui surprend toujours par son ampleur ; refusant de comprendre les raisons de se révolter, de saisir les causes profondes qui viennent de loin, ces intellectuels et journalistes ont failli à leur devoir. Il s’agit d’une véritable trahison. Trahison de la mission d’informer, de donner à comprendre, et même parfois donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais.
 Il en était déjà ainsi face aux paysans de 1789 traités de ploucs, de gueux, de foules stupides et haineuses, d’ignares, éternelle race d’esclaves ; idem en 1848 : ivrognes, jouisseurs, barbares, sans le sou, fainéants ; rebelote en 1871 : sauvages, nomades, pétroleuses, incendiaires, races primitives, populace, etc. Et aujourd’hui le peuple en mouvement devient raciste, antisémite et homophobe.
Mais il faudra toujours avoir à l’esprit que la partie du peuple qui se révolte n’a pas pour souci principal l’image qu’il veut donner de lui-même, et rappeler par la même occasion que la haine et le mépris de classe ont toujours été des tentatives de négation du principe d’égalité qui anime les mouvements d’émancipation. Une volonté de remise à sa place, d’assignation ou de mise en demeure de ce qui soudain avait fait irruption dans la cité. 

Il était donc temps de publier ces conférences. Avant que le mouvement social les rende inactuelles.
Il n’en est rien, car les difficultés économiques, l’injustice fiscale et territoriale qui sont les trois raisons immédiates du mouvement, y sont explicitées ; car tout en y annonçant les mouvements démocratiques actuels, j’y préconise exactement ce que certains Gilets jaunes demandent de leur côté en terme de réformes constitutionnelles. Car j’y dénonce aussi l’enfermement identitaire, ce poison pour le monde dont la France aujourd’hui semble sortir peu-à-peu grâce au combat de l’égalité. Et les Gilets jaunes en interdisant sur beaucoup de ronds-points toutes discussions religieuses ou politiques politiciennes qui risqueraient de les diviser, pratiquent à leur manière une neutralité et une laïcité également distribuée. Sur les ronds points, personne ne demande à personne d’où il vient, ce qu’il est. On le respecte dans son entièreté.

Et enfin sont publiées ici quelques conférences plus philosophiques qui expliquent et fondent ma démarche politique et esthétique. La question philosophique est bien celle des fondations : quels rapports établir entre philosophie et politique (je veux dire la place de chacun d’entre-nous dans la communauté humaine), philosophie et esthétique, ou encore le partage du commun-sensible qui se donne et s’étend bien au-delà de la communauté des hommes.

Je vous invite donc à lire ces conférences qui ont été écrites pour être lues puis débattues. J’espère qu’elles contribueront à mieux comprendre la situation, mon engagement de toujours et ma fidélité.

Maintenant que le peuple à commencer de se soulever, de s’émanciper, le combat démocratique doit être mené jusqu’au bout ; il sera long.


François Baudin
Le 18 février 2019


En attendant les Gilets jaunes




Quelle est la raison de publier aujourd’hui ces conférences dites intempestives prononcées au moment de la vague d’attentats islamistes ?
Depuis le 17 novembre 2018 la situation a changé dans notre pays. Que s’est-il passé ? Le mouvement des Gilets jaunes est apparu. Des manifestants ont occupé des ronds-points un peu partout en France. Ils descendent depuis régulièrement dans les rues des villes pour revendiquer la justice sociale et fiscale, le partage des richesses, plus de démocratie, et une citoyenneté active.
Alors que les attentats islamistes à partir de janvier 2015 nous avaient tétanisés, laissant la plupart d’entre nous dans la stupeur et dans une impasse identitaire devant laquelle il fallait agir, les Gilets jaunes nous sortent de cette phase. Même si le risque terroriste islamiste est toujours là, on sent bien que la période historique est passée et que l’espoir d’un monde meilleur, plus égalitaire et plus démocratique renaît à la faveur de ce mouvement populaire.
Le mouvement est exemplaire à plus d’un titre, il redonne une perspective d’émancipation à un pays tout entier enlisé dans une crise économique et sociale qui venait l’anesthésier. L’horizon s’est éclairci depuis novembre 2018.

François Baudin, historien et philosophe, est le fondateur des éditions Kaïros. Il a publié de nombreux ouvrages.


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