lundi 22 février 2016

La Maçonnerie en Lorraine.

Nous vivons depuis 150 ans sous le buste de Marianne. Les principes républicains qui semblaient acquis, sont aujourd’hui des enjeux pour de nombreux citoyens. C’est lorsque des périls menacent qu’il devient indispensable de connaître sa propre histoire, permettant ainsi de poursuivre le combat.
Ce Combat pour la République, les Maçons l’ont mené dans et en dehors des Loges depuis les origines de la Franc-maçonnerie.
Il était plus que nécessaire d’écrire l’histoire de la Maçonnerie en Lorraine, de raconter les luttes qui permirent d’asseoir la démocratie. Luttes contre le racisme et l’antisémitisme, la xénophobie et le nationalisme, le cléricalisme, luttes pour la laïcité, la défense des Droits de l’Homme, le suffrage universel, la démocratie. Tous ces combats menés par les Francs-maçons au tournant du siècle dernier sont racontés dans les deux livres de Jean Claude Couturier : La Maçonnerie en Lorraine Tome 1 : Des origines au combat pour la République. Tome 2 : La Franc-maçonnerie et l’Eglise dans la tourmente

Ces ouvrages sont d’une actualité saisissante. Le travail historique documenté est impressionnant. Il vient combler un manque, car aucun livre d’une telle ampleur sur la Franc-maçonnerie en Lorraine n’a jamais été écrit.



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vendredi 19 février 2016

Laudato si'


Le 3 mars 1794, à la tribune de l’Assemblée, Saint Just déclare : Le bonheur est une idée neuve en Europe. Il propose alors de distribuer aux indigents les richesses prises à ceux qui ont fui la France depuis la Révolution, et combattent la République aux frontières de l’Est. Puis s’adressant à ses collègues députés, Saint Just ajoute : Il faut que l’Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux, ni un oppresseur sur le territoire français.

Mais d’où vient cette idée neuve du bonheur pour l’humanité tout entière, et notamment pour les plus pauvres, les indigents, les laissés pour compte ?
Elle vient d’une autre idée : celle du progrès. Progrès scientifique et technique, amélioration de la productivité des biens, notamment des biens agricoles à l’époque de la Révolution, progrès social, progrès moral et politique.
Concept central de la pensée des Lumières, le progrès incarne la croyance dans le perfectionnement de l'humanité. La société en se développant, évolue vers un mieux.
Or nous pouvons remarquer aujourd’hui que cette idée même de progrès, pourtant très courante il y a encore quelques décennies, a disparu de tous les discours politiques. Un peu comme si le XXe siècle par ses si nombreuses atrocités commises, l’avait définitivement chassée du lexique politique et philosophique.
On peut également faire une seconde remarque : le mot progrès a été remplacé par celui de croissance. Il n’y a pas une journée sans que nous entendions prononcer ce mot, partout, dans toutes les bouches. Comme si la croissance allait régler nos maux actuels. Ainsi le concept de progrès qui pouvait encore concerner toutes les activités humaines et aussi la manière de vivre et être heureux ensemble, a été réduit à sa plus étroite signification économique : celle d’une augmentation perpétuelle des productions et des gains réalisés lors de leurs fabrications.

Or il suffit de lire le récent dossier réalisé par Jean-Claude Noyé, publié dans le journal La Vie du 4 février dernier pour se rendre compte que la croissance affichée comme seule solution à nos difficultés, est un leurre et un malheur pour l’humanité.
Ce dossier de La Vie qui nous aide à avoir une réflexion de fond sur la question de la croissance, est complet. Il rejoint aussi la dernière encyclique Laudato Si’ où le pape François écrit : « L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. ». Oui l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance, car il y a danger pour l’homme si il continue dans cette voie qui a pour corollaire l’abandon de plusieurs milliards d’individus sur terre, inexistants et laissés pour compte.
Les manifestations paysannes de cette semaine, comme le désarroi des organisations syndicales face à l’offensive libérale visant à déshabiller le droit du travail, en sont les preuves concrètes révélées chaque jour. Car au mot croissance, doit être joint celui de compétitivité, ou encore compétition et égoïsme qui entraînent de fait : pillage, destruction et exclusion de ceux qui restent au bord du chemin. Tous ces concepts sont opposés à la fraternité universelle et à l’amour.

Dans quelle société voulons- nous vivre ?
Voulons nous périr dans les eaux glacées du calcul froid et égoïste ? Ou bien voulons-nous instaurer une mondialisation du partage, fondée sur le fait d’appartenir à une même planète ?

Pie XII déclarait : « La croyance erronée qui fait reposer le salut dans un progrès toujours croissant de la production sociale est une superstition. »


François Baudin

mardi 16 février 2016

publication Un mur dans le désert d'Hervé Féron




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Poèmes d'un révolté, Loïc Schneider



Loïc Schneider est un jeune poète de vingt ans. Il écrit la nuit. Et jusqu’à l’aurore son cœur haletant encore, il écrit. Aux lueurs du jour, il croit toujours à l’écho de ses rêves. Ses poèmes sonnent l’alarme, réveillent les dormeurs que nous sommes. Loïc rêve éveillé d’un monde meilleur. Il rêve d’utopie et il entend la souffrance du monde et aussi sa splendeur.
Puis à l’aube, il chevauche son vélo et parcourt les routes de France et les rues des villes. Ou bien il part en forêt à la rencontre de la beauté qui l’inspire jusqu’au soir.
Loïc rejoint à cet instant la communauté des poètes disparus, et retrouve les grands écrivains qui l’inspirent : Tolstoï, Gandhi, Henry David Thoreau ou Jack London. Loïc est un poète qui danse sous les orages et sous la pluie s’évade.

Le poème pour lui est fidélité qui interroge : « Suis-je mort au ruisseau des folies de ce monde ? » Non, car la poésie l’aide à vivre. Elle est aussi un combat qu’il mène contre l’injustice, le mensonge, l’hypocrisie, parfois le visage caché sous le masque des Anonymous. Il est à Sivens aux côtés de Rémi Fraisse à l’instant de sa mort, il est à Bure, à Notre-Dame-des-Landes. Il est de tous les combats contre ce monde dominé par le calcul froid égoïste et la destruction.


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vendredi 5 février 2016

Les bâtisseurs de ruines



Aujourd’hui, en France et plus largement en Europe, nous vivons une situation sans précédent dans l’histoire de l’Humanité. Un scandale inouïe, jamais vu dans les siècles passés, se répète quotidiennement sous nos yeux, depuis des mois, depuis des années.
Des hommes, des femmes et des enfants, des réfugiés, par milliers, par dizaines de milliers, viennent mourir sur nos côtes méditerranéennes, engloutis, noyés en mer Égée ou au large de Gibraltar. Les rescapés sont enfermés dans des camps, derrière des barbelés, on les fait vivre dans des conditions qu’aucun être humain ne peut accepter.
Mourir dans les flots où nous nous sommes jadis baignés, vivre dans la boue, sous des tentes légères où s’engouffrent le vent et la pluie, marcher pieds nus dans la neige des Alpes, rester accrocher des jours durant à un grillage haut de 8 mètres, puis tomber d’inanition, mourir de faim, de maladie. Voir la mort en face. Voir disparaître plus de 10 000 enfants sans famille.

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. La honte qui tombe sur l’homme européen, sur la France, est irrémissible. J’ai peur que nos enfants ne  nous pardonnent jamais.
L’Europe et plus particulièrement la France, la France qui fut jadis souvent au rendez-vous de l’histoire, est muette. Même, elle ne connaît que la force, la répression. Chacune de nos décisions est une trahison. Une trahison permanente.
Et c’est un cri de colère qui s’élève parmi les hommes de bonne volonté, nombreux encore et c’est heureux. Un cri d’humanité face à cette situation inhumaine, indigne. Un cri qui refuse l’abandon de ce qui constitue aussi notre identité, notre histoire : celle de l’universalité des droits.
L’échec historique de ce que fut l’Union européenne,  cette communauté de valeurs que nos parents voulurent construire ensemble pour qu’il n’y ait plus de conflit, tout ce que nous étions encore il y a peu, tout, oui tout est jeté, déchiré, anéanti.
Ce que l’Europe et la France vivent, est une épreuve de vérité pour nous tous.

C’est un cri d’alarme que nous devons pousser. Il faut absolument délier, délivrer l’immense pitié de ce temps sourd aux appels déchirants de nos frères ; délivrer ce temps disparaissant sous les ruines de la liberté. Un cri d’alarme contre les bâtisseurs de ruines.

L’actualité quotidienne nous commande d’extraire de ce temps que nous vivons, ce qui lui est essentiel, la substance même de ce qui fait notre vie. Le quotidien nous intime l’ordre de lire dans le temps, de voir plus loin au-delà des limites égoïstes dans lesquelles on nous enferme.

Il y a tant de cris, d’appels et d’espoirs, de rêves qui se lèvent autour de nous. Nous ne pouvons pas rester sourds. Il nous faut travailler à un monde nouveau qui va naître. Un monde sans limites, un monde qui est déjà là, dans notre présent.
Aucun regret d’un passé disparu, mais une vision d’un monde où toutes les barrières d’iniquité s’effondrent et où le ciel s’élargit. Jamais l’azur ne nous abandonnera.

Je ne désespère pas du salut moral de mon pays. Le malheur des réfugiés rend encore plus évidente la certitude qu’un jour ils seront parmi nous réunis. Ma patience ne connaît aucune limite.


François Baudin 

vendredi 29 janvier 2016

Déchéance de la civilisation !


Il faut supprimer le mot déchéance du vocabulaire politique. Déchéance vient de choir qui signifie tomber, abaisser, dégrader. Ce mot est de la même famille que déchet qui  fait immédiatement penser à épluchures, détritus, débris. Quelque chose d’irrécupérable. Résidu impropre, ordure que l’on doit jeter à la poubelle, hors de l’humanité.
Ce mot de déchéance correspond à une idée de l’homme qui doit être combattue, comme ont été combattus ceux, autrefois, qui avaient déporté, par centaines de milliers, des hommes, des femmes et des enfants dans des camps d’extermination.

Dès que l’homme met au centre de ses préoccupations la dignité humaine et place comme valeur absolue et universelle au cœur de son idée politique, l’autre homme son frère, le terme de déchéance est immédiatement proscrit. C’est une voie impossible de penser qu’un autre puisse être déchu de sa nationalité, quels que soient son acte et son origine.
Ce fut une des caractéristiques majeures des anciens régimes totalitaires de déchoir de leur nationalité des hommes parmi leurs compatriotes.
Le débat sur la déchéance de la nationalité réservée dans un premier temps aux Français d’origine étrangère, qui instaure une inégalité de fait entre des citoyens possédant théoriquement les mêmes droits, puis étendue à tous les Français ayant commis un crime de terrorisme, oui ce débat empoisonne notre vie commune. Il ne sera d’aucune efficacité, n’empêchera aucun nouveau crime de se commettre et n’arrêtera pas le bras des assassins.

Nous avons déjà à notre disposition tout l’arsenal juridique pour lutter contre le terrorisme, et aussi symbolique comme l’indignité nationale instaurée après l’occupation allemande en 1945 à l’encontre de certains collaborateurs du régime nazi.
Ni la déchéance de nationalité, ni l’état d’urgence prolongé ou inscrit de manière pérenne dans la loi ne nous aidera dans la lutte contre le terrorisme. Trois mois d’état d’urgence l'ont démontré ; au final il y a actuellement très peu d’assignations à résidence, et fin décembre, sur presque trois mille perquisitions effectuées sans l’aval d’une décision judiciaire, seulement deux enquêtes préliminaires pour terrorisme ont été diligentées. Rien ne permet de dire que l’état d’urgence et la déchéance de nationalité sont des armes efficaces contre le terrorisme. Peut-être même c’est l’inverse, car ces dispositions d’exception ne feront que donner aux assassins une aura nihiliste qui risque de fasciner quelques esprits faibles.

Il faut impérativement sortir collectivement de cette impasse politique qui met la République en danger, car l’exception devient la règle, l’arbitraire devient la loi et la peur actuelle d’un régime aux abois risque de nous projeter dans un destin sans issue. Il y a aujourd’hui un véritable danger, celui d’une dérive ou d’un glissement nous entraînant inexorablement vers des régions obscures où nos libertés auront disparu.
Tout cela est très inquiétant. 
Entre les innombrables décisions inhumaines en Europe contre les réfugiés, les conditions indignes qu’on leur inflige dans maints endroits, comme à Calais, nous assistons à un véritable déferlement de boue dont nous devons avoir honte en tant qu’homme.
Sommes-nous à la veille de la fin de la civilisation fondée sur le droit, la fraternité et l’amour ?
Il est temps de nous réveiller, d’ouvrir les yeux, car demain nous ne saurons plus quoi faire face à cette avalanche qui nous emportera.


François Baudin

vendredi 22 janvier 2016

Un autre monde possible

Au cours des derniers jours, deux évènements se sont télescopés telle une dissonance symbolisant la marche du monde. La 102ème journée internationale du migrant et du réfugié organisée par le Vatican et la 45ème rencontre de Davos en Suisse.
Les premières journées internationale organisées par l’Eglise catholique dès avant la guerre de 1914 étaient principalement consacrées à la question des migrations italiennes à travers le monde et à l’accueil, le plus souvent hostile, que ces populations recevaient dans les pays européens comme aux Etats-Unis. En butte à la xénophobie, à des conditions très pénibles, effectuant les tâches les plus dures, confrontées à une vie dégradante, logeant dans des taudis et des baraquements de fortune, les premières migrations humaines industrielles n’avaient rien à envier à celles d’aujourd’hui.
Depuis les premiers temps de l’histoire de l’industrie moderne, comme s’il y avait une continuité historique dans les migrations, des centaines et des centaines de millions d’individus ont été déplacés pour y peupler les usines, les mines, les baraquements insalubres où des hommes devaient reconstituer leur force de travail.
Aujourd’hui la situation des migrants n’a guère changé. Peut-être même a-t-elle empiré et très fortement augmenté ?
Jungle de Calais où viennent souffrir dans la boue, sous les tentes et dans le froid, des hommes, des femmes et des enfants.
Frontière serbe, autrichienne ou tchèque où marchent péniblement dans la neige de longues files d’êtres humains, fantômes de notre monde contemporain.
Frêles embarcations sombrant corps et biens au large des côtes grecques, espagnoles ou italiennes.
Voilà le spectacle quotidien offert par notre planète.
Le Pape sur la place Saint Pierre de Rome a rappelé dimanche dernier qu’à la racine de l’Evangile se trouve l’accueil. Voir et répondre à la misère du monde est un commandement impératif. Le pape François déclare : Plus que par le passé, l’Évangile de la miséricorde secoue aujourd’hui les consciences, empêche que l’on s’habitue à la souffrance de l’autre et indique des chemins de réponse  qui s’enracinent dans l’espérance de la charité.

Un second évènement est intervenu : les rencontres de Davos en Suisse. Le forum économique mondial qui réunit chaque année depuis 1971 en janvier des dirigeants de grandes compagnies mondiales, des responsables politiques du monde entier, des intellectuels et des journalistes, afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète. Donc une rencontre de ceux qui ont aujourd’hui le pouvoir de décider, qui d’ailleurs prennent des décisions chaque jour et conduisent de fait la marche du monde. Qui sont, même pour certains d’entre eux, élus pour cela, pour décider. Qui sont nos représentants.
Or la question est bien là ?
Comment se fait-il qu’une même situation humaine perdure depuis presque deux siècles ? En empirant, nous dit le pape François dans sa déclaration. N’y a-t-il pas là un scandale historique qui devra bien un jour être véritablement combattu et dont nous sommes en définitive collectivement responsables ?
N’y a-t-il pas un extraordinaire aveuglement humain qui nous fait toujours chuter dans le calcul froid et égoïste de l’unique et impitoyable liberté du système économique actuel qui produit selon le dernier rapport de l’ONG Oxfam, des inégalités monstrueuses jamais connues auparavant dans l’histoire de l’humanité.
L’homme restera-t-il toujours le moyen pour qu’un autre homme puisse s’enrichir ?
L’homme sera-t-il un jour considéré dans l’entièreté de sa personne, respectée comme tel, comme une fin et non comme un moyen ?
Nous sommes confrontés à un défi permanent qui nous impose depuis si longtemps de penser ensemble à un autre monde possible, à une autre humanité. Seule la perspective d’un autre possible, redonnera espoir à la famille humaine.

François Baudin