mercredi 8 juillet 2015

Appel pour des textes


Kairos a le projet d’éditer deux miscellanées :

1) sur « l’Afrique »
2) sur « l’animal. »

Pour réaliser ces projets, Kairos est à la recherche de textes.
Tous les sujets relatifs à ces deux thèmes génériques sont possibles.
Si vous êtes intéressés vous pouvez envoyer chez kairos vos textes.
Quel que soit le sujet abordé, quelle que soit la taille et le genre de texte que vous souhaitez soumettre, nous le lirons avec attention.

La date limite pour l’envoi des textes est le 1er décembre 2015.

Adresse : Kairos
33, rue Ludovic Beauchet
54000 Nancy.


vendredi 3 juillet 2015

L’Europe est-elle l’espérance des peuples ?


L’Europe peut-elle encore porter l’espérance des peuples, comme au sortir de la Seconde guerre mondiale elle en avait la volonté ?
Cette question brûle aujourd’hui toutes les lèvres.
Qu’est devenu le projet de construction d’une paix durable fondée sur la solidarité entre les nations ? Qu’est devenu le projet de construction d’un continent fondé sur l’échange pacifique entre les peuples, fondé sur le droit de chacun, sur le respect et la dignité de tous, l’égalité entre tous ?
Rappelons le préambule de chacun des traités européens où il est toujours fait appel à la volonté des peuples de dépasser ses anciennes divisions pour forger un destin commun.

Telles sont cette semaine les questions qui ont été posées à la conscience de chacun d’entre nous.
De quelle Europe voulons nous ?
Celle que proposent les dirigeants européens qui prônent l’austérité, la stigmatisation, et la punition à une pauvreté perpétuelle d’un petit pays, la Grèce, qui se débat depuis tant d’années face à une crise dont les peuples ne sont pas responsables.
Les dettes accumulées par ce pays n’ont en aucune manière profitées aux Grecs. Et les derniers emprunts contractés depuis la crise de 2008, ne furent utilisés ensuite que pour rembourser les banques. Ainsi, l’argent prêté est parti directement dans les coffres alors que le peuple grec a vu sa situation empirer et ses dettes grossir chaque jour.
Les Grecs ont dit stop en janvier dernier à ce cercle infernal.
Ils ont dit stop à cette Europe qui ne remplit plus son rôle historique tourné vers la paix, la démocratie et le droit.
Face à cette impasse entre un peuple tout entier et quelques dirigeants qui représentent essentiellement des intérêts financiers, le gouvernement grec organise un référendum demain dimanche. Il veut simplement demander au peuple s’il souhaite poursuivre dans cette voie de l’endettement perpétuel. Car chaque emprunt nouveau vient grossir la dette et les intérêts sur cette dette.

Alors on assiste depuis quelques jours à un déchaînement contre le gouvernement grec qui veut simplement consulter le peuple.
Ce déchaînement contre la Grèce est le signe que toute idée de démocratie, de justice sociale, de solidarité, a déserté les couloirs froids et climatisés des dirigeants ou des grands médias.
En Europe certains sont prêts à sacrifier un peuple et nier les principes fondateurs pour prouver qu’il n’y a pas d’autre solution possible que celle de la condamnation à la pauvreté pour des décennies.
L’Europe maltraitée dans son idéal de paix, de démocratie et de solidarité, sera-t-elle capable de dire non à ces dangereux personnages qui n’ont que les mots « finances » et « compétitivité » à la bouche ?
Ce petit peuple qui inventa l’idée même de démocratie il y a 2500 ans au pied du Parthénon, répond déjà à sa manière.
Oui l’Europe un jour redeviendra celle des peuples, et non pas celle de la finance internationale. Oui la démocratie et la souveraineté du peuple seront à nouveau l’espérance de tous.
Mais pour que ce oui triomphe, il faut passer par le non : non à l’Europe de la finance, non à l’Europe de la compétitivité fondée sur l’égoïsme, non à l’Europe de la fermeture sur soi, de la haine de l’étranger.
Seuls les peuples dans leur grande générosité seront capables de ramener l’espérance parmi les nations.
Remercions la Grèce de nous montrer le chemin vers une nouvelle souveraineté.
La Grèce en ces jours difficiles méritent notre solidarité active.


François Baudin

vendredi 26 juin 2015

Vers une nouvelle civilisation


Au plus loin que l’on remonte, il y a une histoire commune, une solidarité et une interdépendance avec l’ensemble des choses et des êtres qui nous entourent et dont nous dépendons.
Rien ne peut se faire, se dire, se créé sans l’apport des autres, sans leur don. Et réciproquement ce que chacun d’entre nous dit, écrit, créé et donne par son travail, par son activité, va contribuer à l’ensemble.
Cette réciprocité et cette interdépendance sont les conditions universellement partagées à travers toutes les époques et en tout lieu, qui permettent à l’ensemble de continuer d’exister, de se poursuivre partout et au-delà des générations actuelles.
Sur ce point de l’interdépendance, nous sommes tous à égalité. Et si actuellement il n’y a pas une journée sans que l’on prononce le mot dette : la vraie dette est là et elle est incommensurable : nous devons tout aux autres avec qui nous vivons et qui vécurent avant nous, comme nous devons tout à la nature qui nous environne.

Point de centre, point de hiérarchie dans cet ensemble tissé de solidarités réciproques. Ou plutôt comme l’a écrit Pascal : le centre est partout, la circonférence nulle part.
La responsabilité de tous vis-à-vis de tous est quotidienne. Elle est notre lot commun qui fait que nous vivons dans une maison commune.

C’est bien sur cette base de réciprocité égalitaire, de solidarité et d’interdépendance que nous devons construire notre façon de vivre ensemble et de vivre avec la nature.
C’est sur cette même base que nous devons fonder le respect et l’attention que chacun doit porter à l’autre, à son frère comme à toutes choses existantes dont nous devons prendre soin.

L’homme n’est pas le centre d’une totalité différente de lui et qui serait en quelque sorte à son service. Cette volonté humaine de conquérir la nature et la dominer, comme de conquérir et dominer l’autre homme pour en faire un unique moyen pour ses propres fins, porte le risque avéré aujourd’hui de détruire définitivement ce qui nous permet de vivre.

Garder et entretenir le jardin qui nous a été confié ne signifie pas, bien au contraire, l’exploiter à son profit, mais signifie en prendre soin, et rendre ce dont nous avons la garde, durablement en état pour les générations qui nous suivront. Il nous faut absolument devenir le gardien des choses, comme nous devons être le gardien de notre frère.

Voilà notre responsabilité. Voilà aussi notre dignité.

La lecture de l’Encyclique du pape François : Laudato si’ devra nous aider à développer de nouvelles relations avec la nature et avec nos frères humains.

Elle est peut-être, comme l’a écrit récemment Edgar Morin : l’acte 1 pour une nouvelle civilisation.


François Baudin

samedi 20 juin 2015

De quoi TAFTA est-il le nom ?


Le 10 juin dernier, Martin Schulz, président socialiste du Parlement européen, a reporté le vote d’un rapport d’étape sur le traité commercial actuellement négocié à Bruxelles entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Le débat public parlementaire européen a été purement et simplement annulé, parce que pour la première fois, on allait demander leur avis aux parlementaires sur ce qui se trame derrière le nom soyeux de TAFTA.
La peur du débat a obligé les plus hautes instances européennes a annulé ce qui était prévu depuis des mois : être informé et discuter sur ce qui nous intéresse au plus haut point : notre avenir économique, notre alimentation et les droits démocratiques des peuples de pouvoir décider de vivre comme ils le veulent.

Mais de quoi TAFTA est-il le nom ?
                                                                                        
TAFTA est un projet d’accord commercial entre les Etats-Unis et l’Europe. TAFTA c’est l’acronyme de Trans Atlantic Free Trade Agreement : TAFTA.
Le projet vise à créer un grand marché entre nous et l’Amérique, ce qui représenterait la plus grande zone de libre-échange jamais créée. Selon des économistes, il s’agit d’un événement unique dans l’histoire du commerce mondial.

Actuellement, personne n’a véritablement entendu parlé de ce traité, car figurez-vous qu’il se négocie dans le plus grand secret. Il est interdit aux négociateurs d’en parler.
Mais ce projet de grand marché entre l’Europe et les Etats-Unis, c’est quoi exactement ?
Le projet de traité vise à libéraliser les échanges commerciaux en s’attaquant aux droits de douanes, aux normes, aux régulations, afin de satisfaire les entreprises multinationales qui ne supportent aucune contrainte.
Tout ce qui entrave le commerce, tous les obstacles à la libre concurrence doivent être éliminés.

D’après de nombreux responsables, ce projet est destructeur de la démocratie, de la justice sociale, de la nature et même de la santé des consommateurs.
Dérégulation des services, marchandisation de la santé, destruction de la nature, voilà les objectifs.
Il faut rappeler qu’un accord similaire passé entre le Mexique et les Etats-Unis s’est soldé par la disparition de près d’un million d’emploi sur le sol américain.

La phase actuelle de négociation est un véritable déni de démocratie : aucune consultation des peuples n’a eu lieu sur le sujet. Bien au contraire, les citoyens européens sont soigneusement tenus à l’écart des discussions.
En fait ce traité constitue une menace contre la souveraineté des peuples. Il aboutit à la disparition de nos législations commerciales, sociales, sanitaires, environnementales, fiscales, au bénéfice des seuls intérêts des entreprises multinationales.
Le traité aboutirait obligatoirement à un nivellement par le bas des normes qui protègent les citoyens et les consommateurs, et ferait de la protection des investisseurs étrangers le seul critère de décision de justice placé non plus sous l’autorité des Etats, mais sous des juridictions arbitrales semi privées.
Il consacrerait la suprématie du doit des affaires sur tous les autres droits.
C’est sans précédent dans l’histoire économique et sociale de nos pays.

Il faut donc alerter les citoyens européens du danger potentiel de ce traité.
Oui vraiment les inquiétudes qui montent actuellement dans notre pays à propos de ce projet de libre échange, sont justifiées.
On dit souvent que l’économie est au service de l’homme. Il semble bien que dans le cadre de ce traité, ce schéma soit inversé de manière irréversible si on n’y prend pas garde.


François Baudin 

vendredi 12 juin 2015

Engagez-vous pour la paix



Comment qualifier notre période marquée par la multiplication des conflits ? Le climat de guerre actuel ne préfigure-t-il pas l’annonce d’une guerre mondialisée et morcelée sur la planète ? On peut le penser.
Pourtant cette guerre globalisée et dispersée un peu partout et qui ne dit pas son nom, n’est sûrement pas une guerre de civilisation qui opposerait les démocraties occidentales et soi-disant pacifiques, à un islamisme agressif et conquérant. Cette guerre mondialisée est plutôt le signe d’une globalisation des injustices et des trafics ; elle est le signe d’un monde où l’argent est roi. Où la préoccupation principale de ceux qui dominent et gouvernent, est la recherche du profit. Un monde où le calcul froid et égoïste désire remplacer le Bien commun et la solidarité entre les hommes.

C’est bien pour cela que la paix ne peut rester l’affaire unique des grandes puissances qui sont les principales responsables de la situation. La paix est l’affaire des peuples.
Les peuples ne peuvent rester passifs devant les dangers actuels.
Face à la mondialisation de l’indifférence, opposons les injonctions de Stéphane Hessel : Indignez-vous puis Engagez vous.
Aujourd’hui la guerre est à nos portes, elle fait la une de l’actualité. Dans certains endroits du monde on massacre des êtres humains à cause de leur religion, ou de leur non religion, on surveille tout le monde, on déporte des populations entières, on pratique un chômage de masse, on exclue, on expulse, on condamne à la misère des nations parce qu’elles désirent vivre autrement, on laisse se noyer femmes et enfants embarqués par milliers dans des bateaux de fortune.

Face à la banalité des images de guerres servies quotidiennement sur nos écrans de télévisions, face à l’indifférence, retrouvons notre capacité d’indignation.

Il y a quelques jours, le président Hollande se réjouissait d’avoir vendu des avions Rafales au Qatar et à l’Arabie saoudite. Mirobolants contrats d’armements à l’heure où le Moyen Orient sombre dans les pires atrocités. Mirobolants contrats avec des pays impliqués dans tous les conflits actuels au Moyen Orient, des pays qui oeuvrent pour déstabiliser des régions entières. La France exportatrice d’armes pour des milliards et des milliards de dollars ne doit pas se réjouir de ces ventes vers des pays belliqueux et obscurantistes, mais doit plutôt se considérer comme partie prenante dans les conflits qui ravagent le monde.
Tout ce qu’il ne faut pas faire, la France le fait, contribuant à rajouter de la guerre à la guerre pour le plus grand malheur des peuples et pour le profit financier de quelques fabricants et trafiquant d’armes. La France, VRP de la mort, devra un jour rendre des comptes pour sa politique étrangère.

Face à l’incapacité évidente des puissances qui dirigent le monde de nous donner la paix, devant même leur non volonté de rétablir la paix, il y a l’ONU. Mais l’ONU dont la vocation première est la prévention et le règlement des conflits, a été durablement paralysée par ces mêmes puissances.
Or seule l’ONU pourra trouver des solutions collectives menant à la paix.
Depuis des décennies, les grandes puissances ont tout fait pour détruire l'esprit, les idées, les œuvres pacifiques de l’ONU. Nous ne pouvons pas compter sur les puissances pour reconstruire la paix dans le monde, mais nous devons compter principalement sur les peuples épris de justice et de fraternité.
Seuls les peuples sont aujourd’hui capables de reconstruire les ponts que les puissances ont détruits et s’efforcent de détruire encore par leur politique fondée sur l’égoïsme porteur de haine et de divisions.
Heureux celui qui sème la paix par son action, par son attitude et par ses gestes de fraternité, de dialogue et de miséricorde.
Heureux les artisans de paix !

 François Baudin 

vendredi 5 juin 2015

Du pain et des jeux


Le football réunit et passionne des milliards d’individus. Il n’existe aucun sport équivalent capable de donner autant de joie au plus grand nombre.
Le football est probablement aussi le sport qui draine le plus d’argent dans le monde : des milliards et des milliards sont échangés pour assister aux matchs, au spectacle, voir sur les écrans des télévisions les vedettes du ballon rond courir pendant 90 minutes.
L’argent coule à flot des grandes entreprises multinationales pour sponsoriser une équipe ou une compétition.
L’argent coule à flot et s’échange pour parier sur une équipe contre une autre, sur la faute d’un joueur, sur la blessure d’un autre.

Celui qui cette semaine prétend avoir appris que la corruption, le dopage et le trafic de drogue y règnent, comme Michel Platini a voulu nous le faire croire, est soit le plus grand des naïfs, soit un imposteur et probablement pour certain un profiteur du système sportif qui actuellement prend singulièrement l’odeur des égouts, des bas fonds, de la mafia. L’odeur de l’argent. Et cette odeur de l’argent prend singulièrement l’odeur de l’esclavage et de la mort lorsqu’on sait qu’au Qatar des êtres humains travaillent et meurent comme esclaves à la construction de stades qui nous font penser aux constructions monumentales de la Rome antique.

L’argent, l’argent, l’argent coule à flot alors qu’il manque le plus souvent dans le portefeuille des supporters. Car le foot est un sport populaire. Et actuellement les peuples du monde entier souffrent cruellement du système mondialisé dominé par l’argent et l’intérêt privé.
Ainsi il n’est pas une compétition, il n’est pas une décision sportive, une épreuve où l’enjeu véritable soit celui de l’argent.
On vient juste d’apprendre hier que le fameux but que Thierry Henry a marqué de la main n’a pu être accepté par l’équipe adverse que parce qu’elle avait été achetée par la Fifa.

Du pain et de jeux, Panem et circenses. L’expression latine dénonce la domination de tous les pouvoirs sur les populations. Domination qui s’appuie sur les jeux qu’on donne aux masses. Le jeu peut être à juste titre considéré comme l’opium du peuple, afin de le calmer, de l’endormir et d’annihiler ainsi toutes volontés de changement et de justice.
Une manière qu’on qualifierait aujourd’hui de démagogique, ou de populiste, une façon d’asseoir et faire durer le pouvoir en place pour son plus grand bénéfice personnel. L’imposture et le mensonge doivent cesser.
Et le sport devenir ce qu’il devrait être : un partage, une joie, la réalisation et le dépassement de soi, individuellement ou collectivement. Mais pour atteindre cette finalité de haute valeur morale, l’argent doit absolument être interdit des stades et des épreuves. Sinon, le jour de matches, nous devons fermer notre poste de télévision et ne pas être complice de ces errements et de cette mystification.

Le scandale dans le football mondial, comme celui de l’organisation des jeux olympiques, comme celui du cyclisme, sont un signe des temps ; signe d’un monde en décomposition dominé par l’argent et par ceux qui en détiennent la plus grande part.
Le problème du sport est politique.
Seul un contrôle démocratique pourra remédier aux errances du sport et à ses malversations.
L’enjeu mondial du sport professionnel nous concerne tous, car il s’agit probablement d’une des plus belles activités humaines, joyeuse et gratuite, qui a été diaboliquement détournée et transformée en son contraire.

François Baudin

samedi 16 mai 2015

La démocratie mise en examen. Conférence donnée à Vandoeuvre le 16 mai 2015


Il n’y a pas une journée sans que le mot de crise soit prononcé.
Crise économique, crise sociale, crise des valeurs, crise éthique, crise morale et aussi crise de la démocratie.
Le mot crise, répété à longueur d’articles, est dans tous les esprits.
Mais si on observe ce qui se passe, on s’aperçoit très vite que cette crise n’est pas partagée par tous, car un peu partout dans le monde et notamment en France, la crise, qu’elle soit économique, politique ou sociale semble profiter à une minorité de privilégiés, de plus en plus minoritaire d’ailleurs et de plus en plus privilégiés, qui dominent le monde, s’enrichissent encore et toujours, et vivent en définitive des jours heureux. Actuellement dans le monde 67 personnes possèdent autant de richesse que trois milliards et demi d’êtres humains. Le patrimoine des 1% les plus riches dépasse celui des 99 % restants.

Le système démocratique en vigueur dans nos pays occidentaux n’est-il alors pas là pour que cette minorité poursuive sa domination ?
Aujourd’hui plus qu’autrefois, la démocratie est mise en question, mise en examen.

S’il y a crise, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle touche plus certains que d’autres. La question que l’on se pose alors est celle de la démocratie dont une des conséquences serait de maintenir, voire de développer cette tendance monstrueuse vers l’inégalité.

Depuis les tueries de Charlie hebdo et de la porte de Vincennes début janvier, ce constat est encore plus évident : une période de doute, de questionnement s’est ouverte cet hiver 2015.
L’unanimisme du slogan « Je suis Charlie » est battu en brèche et la brèche laisse apparaître aux yeux de tous une énorme béance.
Le doute s’est emparé des esprits. Car si beaucoup se sont reconnus dans ce slogan ambigu (« Je suis Charlie »), beaucoup d’autres très nombreux et qui ne sont pas des terroristes, ne s’y sont pas reconnus et ne pouvaient pas s’y reconnaître.
Pourquoi ?
Parce que la démocratie, la République, qui voulait se rassembler lors des manifestations du 11 janvier, qui voulait donc rassembler ses enfants, avait depuis longtemps exclu une partie de ses enfants, les avaient ignorés, les avaient stigmatisés, les avaient déjà ghettoisés depuis longtemps. Ce rassemblement du 11 janvier est donc apparu ensuite à celui qui réfléchit, comme une gigantesque manipulation orchestrée par une oligarchie restreinte, très restreinte, qui n’est motivée que par le maintien de sa domination fondée sur l’exclusion.
Il ne faut pas oublier que rarement en France, le pouvoir en place appelle à manifester comme il l’a fait cet hiver à Paris et dans toutes les villes de France. Les plus grands dirigeants de la planète, dont beaucoup de dictateurs qui n’ont que faire de la liberté d’expression, de l’égalité et de la fraternité, ont répondu à l’appel du gouvernement français et sont venus battre le pavé dans les rues de Paris pour « sauver » les valeurs démocratiques soi-disant mises en danger par les tueries de janvier.

Comment accepter une démocratie, une République qui exclut une partie de ses enfants ?
Que ces enfants habitent au fin fond d’une région rurale désertifiée, dans une ancienne cité ouvrière laissée à l’abandon comme il y en a beaucoup en Lorraine, dans un quartier d’une périphérie urbaine mise au ban de la société.
Si on fait une analyse sociologique des manifestants du 11 janvier, il y manquait justement le monde rural, les petites villes désertifiées, les banlieues, les anciennes cités ouvrières livrées à l’abandon et au chômage. Il y manquait le peuple, au moins une partie du peuple de France.

La France, la République et ses principes, la laïcité et aussi la démocratie, toutes ces évidences se fissurent et fragilisent notre socle démocratique.

Qu’est ce que cela veut dire ?
Le système démocratique que nous connaissons, dans lequel nous vivons depuis des décennies, notre système fondé sur l’élection de nos représentants, sur le suffrage universel, semble ne plus répondre aux questions qui sont devant nous.

La démocratie au sens premier du terme c’est la capacité des hommes à s’organiser pour pouvoir vivre ensemble. La démocratie c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Aujourd’hui il apparaît clairement que ce système est là pour reproduire une oligarchie, une « élite » qui en réalité n’a que faire du peuple.
Le système prétendument démocratique avec ses rites électoraux, n’est-il pas en définitive le paravent d’une totale vassalisation de la politique par une oligarchie ?

Ma première expérience politique a été Mai 68. En Mai 68, des millions de Français mais aussi déjà des immigrés, ont occupé les usines, les bureaux, sont descendus manifester quotidiennement dans les rues, se sont unis avec les étudiants qui eux aussi manifestaient.
Cette première expérience politique, d’une telle intensité, vous ne pouvez pas l’oublier, elle vous marque pour une vie entière.
Partout en 68, jusqu’aux endroits les plus reculés du pays, les habitants se sont rassemblés, ont discuté, rêvant d’un autre monde possible.
Jamais un tel évènement n’avait eu lieu depuis bien longtemps. On se rappelait des grandes heures de l’histoire : la libération de la France en 1944, les grèves de 1936, la Commune de Paris en 1871, et la période révolutionnaire en 1789.
Face à cette contestation globale de la société, le pouvoir gaulliste en place a dissous l’Assemblée nationale et appelé à de nouvelles élections.
Ainsi les premières affiches que j’ai collées sur les murs et dans les rues dénonçaient cette manipulation pseudo démocratique. Le slogan des manifestants de mai était : « Election piège à cons ».

Comment voulez vous qu’une élection non préparée, rapidement mise en place, puisse résumer ce qui s’était passé en Mai ? Comment voulez-vous que des élections hâtivement programmées puissent répondre à l’espoir porté par les évènements de Mai ? On voulait réduire Mai 1968 à un rite électoral ridicule.
Et bien entendu le pouvoir en place a été reconduit par une majorité écrasante de votants. De Gaule avait dit un jour « Les Français sont des veaux ». Et des veaux ça doit voter. Jamais le parti gaulliste n’a recueilli autant de voix qu’aux élections de juin 68.
L’élection au suffrage universel en juin 1968 a été une formidable manipulation pour étouffer ce qui avait été Mai 1968. Pour recouvrir l’espoir qu’avait été Mai 1968.

Dernièrement la même opération de recouvrement, de nappage, s’est passée en Egypte qui a vécu à partir du 25 janvier 2011 et pendant des semaines, un extraordinaire mouvement populaire contre la dictature du Président Moubarak. La convocation à des élections si rapidement mises en œuvre et soutenues de manière pressante par les Etats-Unis, et donc impréparées, n’a rien changé à la situation égyptienne. C’était même le but presque avoué de ces élections : faire qu’en définitive rien ne change.
Les choses étaient quasiment écrites d’avance en Egypte : ces élections donneraient le pouvoir aux Frères musulmans absents de la place Tahrir, mouvement politique absent de la révolution démocratique égyptienne. Les Frères musulmans installés au pouvoir par les élections furent chassés ensuite par cette même place Tahrir, pour redonner en définitive le pouvoir aux militaires du général Al Sissi, ancien compagnon de Moubarak. La révolution égyptienne est devenue une révolution de type galiléen : un retour à la situation initiale.

Quelle leçon tirer de ces deux évènements historiques (Mai 68 et printemps égyptien qui, je l’espère, n’est pas terminé) ? : Que les élections qui s’appuient sur le principe majoritaire ne détient pas la vérité. La majorité, le nombre n’a jamais fait la vérité, ni la justice. La plupart des dictatures sont arrivées au pouvoir grâce aux élections et ont été reconduites ensuite massivement.
La vérité, la justice, l’aspiration démocratique sont souvent, même très souvent, un fait minoritaire. Si les Français avaient pu voté en juin 1940 et peut-être même jusqu’en juin 1944, ils auraient probablement voté en grande majorité pour le Maréchal Pétain. Les résistants français étaient minoritaires et pourtant c’est eux qui portaient l’histoire.


Est-ce à dire que la démocratie doit être rejetée comme principe de gouvernement ?
Non, bien entendu. Et la plupart des contestations sont démocratiques.
Les Résistants français pendant l’Occupation, les manifestants de la place Tahrir, les manifestants de Mai 68, les « indignés » qui occupèrent les places à New York ou Madrid en 2011 et 2012 et qui dénonçaient la finance internationale, étaient et sont toujours animés par un idéal démocratique. 
Mais la démocratie ne se résume pas à l’élection, même lorsque cette élection est au suffrage universel.
Il existe d’autres formes de démocraties. Et si les manifestants, les « indignés », les contestataires descendent dans les rues, c’est parce qu’il veulent plus de démocratie et estiment qu’ils vivent dans une démocratie de très basse intensité.

Mais devons nous pour autant rejeter la démocratie représentative ?
Non plus.
Pourtant notre système de démocratie représentative est en crise.
Pourquoi ?
Parce que le lien de confiance entre les représentants et le peuple, s’il a pu exister à certaines époques, est largement rompu actuellement.
Cette rupture se manifeste par le taux élevé d’abstention, 50% et plus, taux d’abstention qui touche toutes les démocraties occidentales, par l’augmentation du vote d’extrême droite dans tous les pays d’Europe, vote qui met en danger nos démocraties.

On peut lister les raisons, les causes qui font que ce lien de confiance entre le peuple et ses représentants, ou entre les peuples et les nations démocratiques n’existe plus : (cette liste n’est pas exhaustive). On peut retenir que :

-         1 Les politiques répondent rarement aux véritables besoins des populations.

-         2 La plupart des promesses électorales ne sont pas tenues. Un homme politique de premier plan (Jacques Chirac pour le nommer) a même été jusqu’à dire qu’une promesse électorale était faite pour ne pas être tenue. Qu’elle n’engageait que celui qui l’écoute.

-         3 L’impuissance actuelle et avouée du politique, à résoudre les difficultés rencontrées. Le fait de répéter sans cesse qu’on ne peut pas faire grand-chose, que les réalités sont là et qu’il faut en tenir compte : tout cela donne l’impression ou plutôt confirme le fait que les politiques ne sont là que pour gérer au mieux un système qui se perpétue. Quand un homme politique, un élu, explique qu’il y a des réalités et qu’il ne peut pas faire grand-chose face à ces réalités, n’avoue-t-il pas son impuissance due à sa non volonté politique ? Et finalement avoue son accord sur l’essentiel. En justifiant la réalité actuelle, il justifie la situation. Les élus deviennent alors de simples opérateurs de gestion. D’ailleurs le mot nouveau de gouvernance l’indique bien. Eliminons ce concept de gouvernance du vocable politique pour le remplacer par souveraineté populaire et gouvernement.

-         4 Le modèle élitiste qui perdure d’élections en élections avec l’impression que le système démocratique n’est qu’un paravent pour maintenir toujours les mêmes au pouvoir et en définitive maintenir les inégalités monstrueuses produites par ce système.

-         5 Le rôle des médias de masse dans cette perpétuation. Alors que les médias devraient être un outil pour la démocratie, leur responsabilité est immense face à l’impasse dans laquelle la démocratie se trouve.

-         6 Le poids des « experts » dans les décisions. Ce poids est si grand qu’on a pu parler de république des experts. Experts qui passent alternativement et héréditairement un peu comme une transmission dynastique, de la grande administration d’Etat, au secteur privé pour revenir à la politique. Les mêmes tournent, pantouflent, s’enrichissent, votent des lois et héritent de privilèges.

-         7 Les lobbies qui manoeuvrent en permanence pour empêcher toutes décisions allant contre leurs intérêts particuliers. (le lobby bancaire, celui des industries pharmaceutiques, des entreprises multinationales…).

-         8 Les scandales qui émaillent en permanence la vie politique et ronge la vie démocratique. Ces scandales font penser que la motivation première de nos représentants est l’enrichissement personnel.

-         9 Le sentiment que le peuple est absent et très éloigné des décisions et laissé dans l’ignorance. On peut donner trois exemples récents :
§        la loi sur le renseignement qui n’a pas été précédée d’un véritable débat sur les enjeux de la sécurité et de la surveillance généralisée en France,
§        celui plus ancien de notre intervention en Libye qui n’a jamais été discutée par la représentation nationale, alors que nos avions ont effectué plus de 4000 sorties aériennes, qu’ils ont contribué à détruire un pays et changé radicalement le cours de l’histoire dans cette région du monde,
§         enfin le troisième exemple est celui de Tafta, cet accord commercial entre les Etats-Unis et l’Europe qui se négocie actuellement dans le plus grand secret. Pourquoi ce secret ? : parce que cet accord se fera contre l’intérêt des peuples américains et européens et dans le seul intérêt des industriels et du commerce mondial.
- 10 L’hypocrisie qui consiste à prétendre que la démocratie telle qu’elle est pratiquée par les grandes puissances occidentales, rime avec paix, comme l’avait écrit Alexis de Tocqueville au XIXe siècle. En fait la volonté de puissance, la volonté hégémonique sur le monde des pays dits démocratiques s’est soldée en permanence par des guerres dans le monde.

Dans ces conditions, la défiance vis-à-vis des élus va en grandissant et la démocratie représentative semble être une illusion de démocratie, un ersatz de démocratie, une vaste hypocrisie que les grands médias perpétuent. Un peu comme les clercs de l’Ancien régime perpétuaient le système inégalitaire en place depuis des siècles. La démocratie parlementaire inventée au XIXe siècle, telle que nous la connaissons encore aujourd’hui, est à bout de souffle comme l’Ancien régime l’était en 1788.
Aujourd’hui la rupture entre le peuple et ses représentants semble consommée. Peuple qui pense de plus en plus que les élections ne sont là que pour maintenir un système injuste.

La question actuelle se résume ainsi : est-ce que la démocratie représentative telle que nous la vivons répond aux aspirations démocratiques du peuple ?

L’illusion démocratique s’est encore accentuée au cours de la dernière période après l’élection de Syriza en Grèce, en butte à des grandes difficultés. Les gouvernements européens ont dit clairement qu’ils ne tiendront aucun compte des résultats des élections de janvier 2015 en Grèce. Qu’ils feront tout pour que les réformes programmées par Syriza ne puissent pas être mises en œuvre. Le bras de fer engagé par les gouvernements européens au service des intérêts financiers, pour faire plier la Grèce, est dramatique. Ce petit pays devra céder, se plier au diktat de la finance, capituler ou disparaître du concert des nations. Voilà l’enjeu. Voilà le mépris aussi. Et c’est le même mépris pour les résultats d’un vote lorsqu’il ne va pas dans le sens souhaité, mépris que nous avons nous-mêmes vécu en France, lorsque par le traité de Lisbonne, les dirigeants européens, Nicolas Sarkozy compris, ont imposé à la France et à tous les pays partenaires, le projet de traité constitutionnel qui avait été refusé par référendum.


II
Le réquisitoire contre la démocratie représentative est dur, très dur, mais il correspond hélas à la réalité que nous vivons.
C’est bien la démocratie parlementaire qui fait problème aujourd’hui. Qui apparaît comme un problème que le peuple doit résoudre.
Et ceux qui sont censés nous représenter doivent prendre conscience qu’ils ne nous représentent pas.

Alors quels sont les chemins qui nous permettront de sortir de ce mauvais pas. De rétablir l’espoir qu’a pu représenter un jour le suffrage universel.
Ici, nous ne pouvons que dessiner quelques pistes de travail. Et c’est justement par des débats, des échanges comme celui-ci que nous trouverons ensemble les moyens de changer les choses en la matière.
C’est en multipliant ce genre d’initiatives, en créant et dynamisant la vie associative un peu partout que la démocratie se revitalisera. Les associations et des conseils citoyens doivent pouvoir devenir des interlocuteurs des Institutions. La démocratisation des institutions passe par la vie associative. Faire entrer cet espace associatif où se trouvent des citoyens, dans l’espace institutionnel et décisionnel, et ceci jusqu’au plus haut niveau, est nécessaire pour une démocratie véritable. D’ailleurs ce phénomène est actuellement en cours : je prends l’exemple de l’association Anticor qui lutte contre la corruption et qui en 2012 a obtenu l’agrément du ministère de la Justice pour se constituer partie civile dans les affaires de corruption et qui est reconnu de plus en plus comme un interlocuteur des politiques. Ce n’est évidemment qu’un début.

Par le développement de la vie associative, nous pourrons dégager un nouveau mode de représentation, sans laisser tomber l’ancien fondé sur l’élection. Cela est possible immédiatement dans le cadre d’une commune, d’un département ou d’une région. Cela est envisageable au niveau d’un pays.

Un moment de bouillonnement, de créations multiples est nécessaire. Et il faut tout faire pour favoriser ces instants de rencontres, d’échanges. Car de ce terreau va naître des idées, d’autres initiatives, d’autres manières de vivre ensemble qui se concrétiseront dans de nouvelles organisations politiques et citoyennes.

Il faut affirmer qu’il y a actuellement une aspiration profonde à une autre vie démocratique. Le temps où certains se prétendent être l’élite de la nation face à une masse ignorante et incapable, masse silencieuse (majorité silencieuse comme on disait autrefois), est révolu. Le temps de la séparation et de l’opposition entre l’Etat, ses institutions et l’ensemble de la société est en voie d’achèvement. Un Etat séparé des gens et même parfois exerçant son pouvoir de répression sur les gens est en voie d’extinction. Je pense à terme au dépérissement de l’Etat et à la mise en place d’un régime de libre association.

Ce changement notable des mentalités est dû en grande partie à l’apparition de nouveaux moyens de communications, d’Internet, qui favorise à l’infini les échanges, la communication. Et cela de manière horizontale. Le savoir, l’information ou la désinformation, se diffusent de plus en plus de manière horizontale et non plus verticale.
Ce phénomène nouveau et massif d’échanges entre tous, et d’organisations nouvelles, rend la démocratie représentative, c'est-à-dire le fait de transférer son pouvoir à un autre, obsolète, d’un autre temps. Un peu comme si cette forme représentative était maintenant à bout de souffle.
Et la société dans un avenir pas si lointain, sera capable de produire ses règles et d’inventer des institutions nouvelles.
Il faut donc radicaliser la démocratie et pour ce faire, ne rien attendre de ceux qui gouvernent mais ne compter que sur ses propres initiatives.

Parmi les réformes démocratiques immédiates à mettre en oeuvre citons :
§        la mise en place d’Etats Généraux en France
§        l’interdiction du financement privé de la politique notamment par les grandes entreprises
§        La mise en place d’un scrutin proportionnel
§        le contrôle des élus en cours de mandat
§        la suppression effective du cumul des mandats
§        la mise en place de référendum d’initiative populaire
§        la création de conseils citoyens
§        l’entrée des associations et de ces conseils dans le processus décisionnel
§        le contrôle associatif, politique et démocratique des médias, de leur indépendance…

Pour conclure je dirai que si le vote dans un isoloir organisé tous les cinq ans, devait changer quelque chose, cela fait longtemps qu’on l’aurait interdit. Le fait de voter ne suffit pas.
Une démocratie de haute intensité devient une nécessité pour nos pays.
Le meilleur régime politique et économique est toujours à venir. C’est possible.


François Baudin