vendredi 11 décembre 2015

Ouvrir d’autres horizons


En cette période de l’Avent, la nuit grandit et gagne à chaque heure sur la lumière. L’homme peut être saisi d’angoisse en ces jours de décembre lorsque l’ombre semble menacer chacun de ses pas.
Nos jours sont courts, mais l’espoir de la lumière est inscrit en chacun de nos cœurs, car nous sommes sûrs que ces jours finiront bientôt.
Des jours meilleurs, des jours heureux sont déjà là, présents, en attente, en germination. Dès maintenant nous devons penser ces jours meilleurs, les préparer dans nos cœurs, comme dans nos actions.

Car cette période assombrie que nous vivons ne peut qu’annoncer d’autres jours, des lendemains radieux, des rencontres, de nouvelles fraternités.

Notre monde n’est pas vertueux. Des excès de toutes sortes, des prédations, des barbaries, des saccages reviennent en permanence. Un ordre néfaste souhaite s’installer sans mesure, sans régulation, sans contrainte juste. Nous sommes plongés dans la violence, dans la discrimination, dans l’accusation, dans le refus de l’autre, le refus de l’étranger, et nous nous replions sur nous-même, dans l’illusion de notre identité. Nous sommes plongés dans une époque de barbarie, qu’elle soit criminelle, politique ou marchande.

Et en ces temps de désorientation, de perte de sens et de domination, il nous est difficile de penser une alternative. Difficile de penser une ouverture vers un autre horizon. L’horizon d’un monde meilleur et plus éclairé qui ne soit pas celui de l’ordre actuel dominé par l’argent, par le profit, la concurrence de tous contre tous, le pillage, le repli sur soi, sur son identité, sur sa solitude.
Le repli fondé sur la peur de l’autre, sur la peur et la haine de son frère, n’est jamais une réponse alternative au monde tel qu’il se présente actuellement dans sa démesure et sa fermeture.

Au contraire, cette attitude de repli consiste à s’enfermer encore plus dans la noirceur des jours que nous vivons, elle est une façon de renforcer les barreaux de nos prisons. Cette attitude de repli nous mène à l’abîme. Cette attitude est tout simplement le signe de la victoire de la nuit sur la lumière. Elle supprime tout horizon. Elle est une tentation qui s’offre à chacun d’entre nous : cette tentation est une illusion de sécurité.

Aujourd’hui nous savons que la lumière reviendra sur le monde, nous savons que nous pouvons briser l’illusion du repli.
Nous savons aussi, car l’histoire nous l’a enseigné que la stigmatisation, la recherche du bouc émissaire est la pire des solutions qui mène le monde à la violence et à la mort.
Notre avenir n’est pas une forteresse. Notre avenir est celui d’un monde guidé par l’accueil, la fraternité, la liberté, l’égalité entre tous.
Notre seul avenir possible sera tissé de solidarités et de partages entre tous les hommes.
C’est notre unique et belle réponse face à barbarie qu’on voudrait nous imposer.

François Baudin


vendredi 4 décembre 2015

Qu’est-ce qu’être un citoyen ?


Comment allons-nous sortir du piège dans lequel nous sommes ? Comment peut-on arrêter cette mécanique dont chaque pièce contribue à faire avancer l’autre, tel un engrenage mortifère ? Comment pourra-t-on sortir un jour de l’état d’urgence ?
Il est sûr qu’on ne pourra pas en sortir aussi facilement qu’on y est entré. Le débat qui commence actuellement en France sur la légitimité de cet état d’exception débute seulement alors que ceux qui gouvernent s’interrogent sur la manière de le prolonger au delà du 16 février 2016. Car il est bien évident que les menaces d’autres attentats seront toujours là en France au-delà de cette date.

Les guerres multiples qu’on mène sur des théâtres extérieurs et dont les dirigeants occidentaux sont en grande partie historiquement responsables, n’auront pas cessé. Les avions français, britanniques, russes ou américains continueront de mener leurs bombardements provoquant aussi la mort de milliers de civils sur des zones où nous avons contribué collectivement à détruire les Etats.

En France, la question de la pauvreté et des banlieues, ces zones de relégation et d’exclusion, sera toujours la question essentielle qu’on est incapable de régler de manière juste et démocratique.
Et justement l’état d’urgence est destiné en priorité à ces territoires français et aux populations qui y habitent. Car c’est bien là qu’il s’exerce. L’état d’urgence est ciblé à l’intérieur dans ces zones de relégation, comme nos bombardements qu’aucune décision onusienne n’a autorisé, sont ciblés à l’extérieur dans des zones où les Etats ont disparu.

L’état d’urgence en France, qu’est-ce que c’est ! Pour beaucoup de Français cela semble anodin, car une grande partie de la population n’en souffrira pas directement. Comme avant, les Français se sentiront des citoyens libres qui pourront sortir le soir entre amis, aller travailler, se promener dans les galeries marchandes et y consommer. La vie quotidienne ne changera pas pour eux. Et en plus ils auront le sentiment d’être protégé tout en ayant maintenu leur liberté individuelle. En conséquence, aucun gouvernement ne souhaitera supprimer l’état d’urgence dans un avenir plus moins proche.

Par contre, une autre partie de la population est sous une surveillance étroite. Il s’agit des étrangers, des musulmans, des réfugiés, immigrés, des pauvres, des exclus qui sont maintenant soupçonnés des pires crimes avant même d’avoir pu se défendre. Car l’état d’urgence ôte toute possibilité de défense possible. L’état d’urgence étant par définition un système de répression qui peut se passer de la justice pour prendre ses décisions. L’état d’urgence est toujours une atteinte à l’état de droit.
Et c’est bien ainsi que cela se passe. Les premières atteintes au droit et à la liberté individuelle ont déjà eu lieu : perquisitions violentes, abus des assignations à résidence provoquant des impossibilités de travailler, licenciements, enfermements abusifs…
Le site internet qui se nomme la quadrature du net, a déjà listé de centaines d’abus et de dérapages liés à l’état d’urgence.
Le virage social attendu depuis tant d’années est de moins en moins à l’ordre du jour. Les quartiers laissés à l’abandon ne seront plus que des zones de violence et de surveillance.
Par exemple, après l’assaut de la police du 17 novembre à Saint-Denis, contre le groupe terroriste, l’immeuble totalement détruit a été vidé de ses habitants. Aujourd’hui les 71 personnes délogées dorment toujours dans un gymnase, alors que l’Etat est aux abonnés absents.
Pourquoi la solidarité nationale ne fonctionne-t-elle pas pour ces familles victimes d’une guerre qu’ils n’ont pas voulu.
On ne peut pas être à la fois citoyen et xénophobe ; citoyen et indifférent, insensible à l’injustice et au rejet qui touchent une partie de nos concitoyens.

François Baudin 

vendredi 27 novembre 2015

Urgence pour les libertés


L’hommage autour du drapeau tricolore, rendu aux victimes des attentats, est un moment d’unité nationale comme il y en a peu dans l’histoire de notre pays.
Au-delà de ce qui nous divise, c’est tout un peuple qui s’unit dans la douleur, dans la défense des libertés et de la démocratie. Ce que justement les terroristes de Daech veulent anéantir.

Pourtant, cet hommage est d’autant plus puissant et significatif s’il est destiné de manière universelle à l’ensemble des victimes du terrorisme à travers le monde, et notamment actuellement en Afrique, au Maghreb et au Moyen Orient, dans ces régions qui souffrent et que les grandes puissances par leurs interventions militaires multiples ont contribué à déstabiliser et à détruire depuis une quinzaine d’années.

Cet hommage national s’il avait été adressé à tous aurait pris alors une autre dimension nous guidant vers un monde pacifié et plus heureux ; et notre drapeau national serait redevenu ce qu’il fut au moment de la Révolution française, le drapeau de tous les peuples du monde épris de paix, de démocratie, de liberté, d’égalité et de fraternité. Le drapeau bleu blanc rouge, n’est pas celui d’un seul pays, la France, mais il est celui de tous les peuples se levant pour conquérir leur droit.
Et aujourd’hui, quinze jours après ces horribles évènements, il y a un risque qu’un droit fondamental se trouve remis en cause : celui de manifester, de se réunir, de s’associer en toute liberté et démocratiquement.
Par la prolongation de l’état d’urgence et par le projet de révision de la Constitution de notre république, le risque d’une dérive autoritaire de la part du pouvoir politique est grand.
Les décisions récentes de l’état d’urgence pouvaient être justifiés par le dramatique évènement, mais de manière très provisoire. Et nous devons être vigilant pour que cet état ne se prolonge pas trop.
Cette prolongation aurait alors pour conséquence de geler tout mouvements sociaux, toutes formes d’expressions individuelles et collectives.
Des mesures disproportionnées et attentatoires à nos libertés changeraient la situation dans notre pays. Il y aurait alors en France un problème démocratique majeur, une atteinte aux libertés, ce que souhaite en définitive les mouvements terroristes comme Daech ou El Qaida.

On parle par exemple actuellement d’ouvrir des camps d’internement. Tous ces projets, toutes ces décisions d’interdire des manifestations, comme celles autour de la COP 21, sont dangereuses.
Aujourd’hui des associations de défense des Droits Humains s'alarment en nous rapportant les dérives d'une police qui, dans les témoignages qui nous sont remontés, défonce des portes et humilie des gens sous couvert de protéger la population du terrorisme.
Les enjeux de sécurité ne doivent pas nous exonérer de respecter les droits fondamentaux.
Le risque des dérives sécuritaires qui, dans l'urgence, peuvent alimenter la division et la stigmatisation d’une partie de la population, est réel.

Nous devons être conscients que l’état d’urgence représente un danger pour les libertés publiques. Il ne faut pas que cette mesure exceptionnelle devienne un prétexte pour interdire toute voix dissonante.
Les crimes commis à Paris le 13 novembre sont immenses, mais c’est en continuant à vivre librement et fraternellement que notre réponse sera à la hauteur.
Dans un communiqué publié cette semaine, la Ligue des Droits de l’Homme déclare qu’il est « essentiel de rappeler que rien ne doit nous faire sortir de l’Etat de droit et nous priver de nos libertés. L’état d’urgence ne peut devenir un état permanent et les conditions de sa mise en œuvre ne sauraient entraver la démocratie, l’exercice de la citoyenneté et le débat public. »
Ces dramatiques événements doivent devenir l’occasion de construire un autre chemin que celui qui nous est proposé. Un chemin qui donne à la paix et à l’égalité des droits toute leur place, un chemin qui nous engage en faveur d’une France solidaire, ouverte à l’autre, accueillante, libre et fraternelle. 
François Baudin


jeudi 19 novembre 2015

l'Humanité défigurée


Six jours après les massacres en masse d’innocents à Paris, nous sommes encore et toujours sous le choc, comme sonnés, tétanisés par l'évènement. Il faudra des jours et même des semaines pour retrouver une vie, une pensée juste.
Un sentiment d’effroi s’empare de nous et ne nous quitte pas. Nous pensons à nos parents, à nos enfants, à nos proches, aux familles des victimes. Et nous pleurons.
Ne pas céder à la psychose, continuer de vivre, faire comme avant : sortir, rencontrer ses amis, tenir nos réunions
 Et puis cette question : Que faire face à la situation que nous subissons ?
Être unis au-delà de nos différences, de nos idées, de nos croyances. Car nos différences ne sont rien face à l’évènement.
 Le poète écrivait :
Quand le blé est sous la grêle
Fou celui qui fait le délicat,
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur d’un commun combat

Une seconde question arrive aussi : pourquoi ?
Oui pourquoi toute cette haine ? Pourquoi ces morts ? Pourquoi la France, et Paris en particulier subissent-elles une telle attaque terroriste ?
Un sentiment d’injustice nous envahit. Les victimes, des simples gens attablés à une terrasse, des amateurs de musique, des supporters sportifs, tous ces amis n’ont rien à voir avec le drame qui frappe au Proche Orient, au Maghreb, en Afrique. Car chaque jour dans ces régions du monde qui sont proches de la notre, des innocents meurent par centaines, par milliers. La veille des attentats de Paris, une bombe a explosé à Beyrouth, le même vendredi 13 novembre en Tunisie un jeune berger s’est fait décapité par des fanatiques islamistes ; bien d’autres massacres au même moment en Syrie, en Irak, en Libye….
Aucune explication ne pourra jamais justifier ces crimes commis au nom d’une religion instrumentalisée par des fous. Il faudra sans cesse rappeler que l’islam n’est pas une religion de haine et de violence. Et toutes les religions ont eu, ont et auront encore leur folie meurtrière.

Une troisième question se pose alors : comment sortir de cette terrible période historique.
L’utilisation de la force militaire est loin d’être la solution, elle peut même ajouter encore de la guerre à la guerre. Les interventions récentes américaines et anglaises en Iraq, celle de la France en Libye n’ont rien résolues, bien au contraire. Elles n’ont fait qu’attiser les haines et favoriser l’explosion et la disparition de nations entières. Provoquant en définitive ce qui arrive aujourd’hui. Nous sommes présents militairement dans ces pays incandescents depuis des décennies, voire plus d’un siècle.
Interrogeons nous sur la politique étrangère qui domine dans les chancelleries occidentales.
Pourquoi cette alliance militaire, commerciale et économique contre nature avec les dictatures du Golfe qui ont armé, au moins idéologiquement, le bras qui aujourd’hui nous tue ?
Pourquoi ménager toujours la Turquie d’Erdogan complice indirectement, et même dit-on directement, des assassins de Daech.
Pourquoi laissons nous faire Israël qui chaque jour bafoue le droit international des peuples en Palestine.
Il est plus qu’urgent de revoir complètement notre politique étrangère et notre stratégie d’intervention militaire dans cette région du monde.
D’un seul cœur, la France a fait une minute de silence lundi dernier à midi. Cette minute pour penser à nos amis morts fut un grand moment de rassemblement du peuple tout entier. Cette minute doit aussi être dédiée à tous les morts victimes du terrorisme en Libye, au Liban, en Afrique, en Syrie, en Iraq…
Que surgissent parmi nous des Hommes qui crient leur indignation de voir à ce point défigurer l’image de l’Humanité.

 François BAUDIN

vendredi 13 novembre 2015

Radicaliser la démocratie



Dans 3 semaines nous aurons les résultats du premier tour des élections régionales. Nous pouvons dors et déjà entendre les commentaires sur la montée des idées de l’extrême droite en France et sur le nombre, très grand, des abstentionnistes qui ne vont pas aller voter.
A chaque élection, les  mêmes résultats, avec tout de même une montée irrésistible du nombre de voix extrémistes.
Les abstentionnistes eux seront culpabilisés, montrés comme mauvais citoyens, irresponsables, se moquant de la vie démocratique du pays.
Un constat unanime sera effectué : quelque chose ne fonctionne plus dans notre démocratie.
Le mot crise, dans tous les esprits, sera répété à longueur d’articles et prononcé dans chaque commentaire.

La France, la République, la laïcité et aussi la démocratie, toutes ces principes se fissurent, et ces fissures viennent détruire notre socle commun, notre capacité de vivre ensemble.
Faut-il attendre une catastrophe démocratique pour appeler à un réveil ?
Faut-il rejeter les principes qui nous rassemblent au nom de l’insuffisance actuelle de leur application ?
C’est justement en s’appuyant sur l’affirmation ambitieuse de ces principes que sont l’Egalité, la Fraternité, la Liberté que nous pourrons mobiliser les esprits et retrouver force et détermination.
Mais ces principes ne sont pas que des énoncés formels ; ils ne sont pas des mots creux et vides de sens répétés à longueur de temps ; ces principes ne sont pas des mensonges prononcés pour masquer une réalité qui vient les contredire. Un peu comme si la démocratie n’était là que pour reproduire des inégalités, reproduire une oligarchie, une élite. Dans ce cas le système démocratique avec ses rites électoraux, se transforme en masque, en paravent d’une vassalisation de la politique par une caste. Le lien de confiance entre le peuple et ses représentants sur lequel repose toute vie démocratique, est alors rompu.

Ces principes républicains (Liberté, égalité, Fraternité) doivent devenir des réalités tangibles pour tout le monde. Sinon le risque est grand de les voir balayer.
Or aujourd’hui l’insuffisance de leur application dans notre pays est tellement évidente, que c’est un lieu commun de le dire : déficit démocratique, poids des lobbys dans les décisions, inégalités monstrueuses, pauvreté, chômage de masse, désespoir d’une partie de la jeunesse privée d’avenir, gouvernants déconnectés de la vie des citoyens, promesses électorales non tenues, scandales à répétition, etc, etc… : la liste n’est pas exhaustive.
Tout cela donne le sentiment que le peuple est absent et très éloigné des décisions et laissé dans l’ignorance. Dans ces conditions, la défiance vis-à-vis des élus va en grandissant et la démocratie telle qu’elle est pratiquée semble être une illusion de démocratie, un ersatz de démocratie, une hypocrisie que les grands médias perpétuent.
Aujourd’hui il y a un risque, celui de la rupture entre le peuple et ses représentants. Peuple qui pense de plus en plus que les élections ne sont là que pour maintenir un système injuste.
Il est urgent de réformer notre système démocratique afin de rétablir l’espoir qu’a pu représenter un jour le suffrage universel.

Il faut affirmer qu’il y a actuellement une aspiration profonde à une autre vie démocratique. Le temps où certains se prétendent être l’élite de la nation face à une masse ignorante et incapable, masse silencieuse (majorité silencieuse comme on disait autrefois), est révolu. Le temps de la séparation et de l’opposition entre l’Etat, ses institutions et l’ensemble de la société est en voie d’achèvement. Un Etat séparé des gens et même parfois exerçant son pouvoir de répression sur eux est en voie d’extinction.
Il faut radicaliser la démocratie et pour ce faire, compter principalement sur ses propres initiatives.

François Baudin


vendredi 6 novembre 2015

Le poison identitaire


Je me souviens, dans les années 60 et 70, lorsque nous rencontrions un homme ou une femme, nous ne lui demandions pas, avant même d’entamer un échange avec lui, de quelle religion, de quelle origine, de quel pays, de quelle nation, de quelle chapelle, de quelle famille il était. Seule la qualité d’homme devait suffire pour échanger avec lui.
Notre simple désir était de rencontrer, de connaître son semblable. Nous placions alors, avant tout autre chose, le fait que la personne que nous avions en face de nous, était d’abord et en premier lieu, le même que nous, un être humain. La catastrophe du nationalisme que nos parents avaient vécue en Europe était encore dans toutes les mémoires et il fallait bâtir au-delà des frontières, un autre monde possible. Par exemple en France, l’idée européenne devait guider nos actions. L’idée internationaliste devait l’emporter sur la division, la séparation, et la concurrence de tous contre tous.

Cette manière de voir l’autre comme son semblable se concrétisait de manière pratique par une ouverture fondée sur le sentiment d’appartenir à un même ensemble qui constitue l’humanité.
Parmi les jeunes de l’époque, une soif de découverte, de possibilités infinies de rencontres, de voyages, de mobilité devait déboucher pour la génération de l’après Seconde guerre mondiale, vers un monde réconcilié. Dominait alors parmi les plus nombreux, le sentiment d’appartenir à un même monde qu’il nous fallait bâtir ensemble.

Puis l’idéologie de la différence fut exacerbée; mise en avant lors de la décennie suivante, par quelques penseurs qui avaient le vent en poupe. Et cette tendance a abouti naturellement 20 ans plus tard à un repli identitaire de chacun sur sa propre personne, son égoïsme, sa nationalité, sa religion, son origine géographique ou ethnique.
Du droit à la différence nous sommes passés lentement vers la différence des droits, jetant aux orties deux siècles de lent progrès vers l’universalisme.
Cette tendance historique nouvelle qui débuta dans les années 80, est devenue alors un vrai malheur pour l’humanité.
Le poison identitaire a fait son œuvre. Chacun est devenu son propre ennemi en cherchant à tout prix à s’enfermer dans une identité que le plus souvent on lui avait assignée de l’extérieur.
Avant d’être un homme, tu seras un musulman, tu seras un juif, tu seras de telle ou telle nationalité, de telle religion : tels sont aujourd’hui les mots d’ordre qu’on répète en permanence.
Le poison identitaire devient alors une véritable peste pour nous tous.
Oubliant que la longue histoire de l’humanité qui débute dès le paléolithique, donc il y a plus de 10000 ans, celle qui tend vers le bien et le progrès, est celle de l’immigration, de la mixité et du métissage. La pureté d’une nation, la pureté d’une race ou d’une ethnie, est une chimère inventée, une idéologie néfaste, une manière de dominer sur l’autre, de le rendre esclave. Elle se solde dans plupart des cas par la volonté de contraindre par la force chaque individu à son propre modèle, en définitive à ses propres intérêts. Elle est un chemin direct qui nous conduit à la disparition, à la mort.

Chaque individu a besoin pour vivre d’une identité reconnue, tout d’abord par lui-même. Mais celle-ci n’est jamais figée, elle se construit peu à peu et de manière infinie dans l’échange, la rencontre, l’interaction avec le monde. Elle est donc avant tout une ouverture.
Cette réalité évidente de la construction humaine semble être aujourd’hui oubliée et même niée. Si on pense que cette identité est un repli sur soi, une fermeture, un refus de l’autre, de l’échange, de l’interaction, une protection fondée sur la peur, alors très vite l’avenir de l’homme est en danger.
L’espoir d’une prise de conscience universelle doit rester gravé dans le cœur de chacun. La famille humaine ne doit pas revivre les heures sombres qu’elle connut par le passé.


François Baudin

dimanche 1 novembre 2015

Conférence de Claude Vautrin


Grand reportage : Le pas de côté en terrain miné

Conférence de Claude Vautrin
Jeudi 19 novembre à 20 h
MJC Pichon
 Boulevard du Recteur Senn
54000 NancC Pichon

Journaliste et écrivain, Claude Vautrin parcourt le monde depuis une quarantaine d’années. Il évoque dans cette conférence, illustrée de lectures, d’images et de sons, « Grand reporter, le pas de côté », son dernier ouvrage paru chez Kaïros. L’occasion d’échanger sur un métier, le système médiatique et d’en mesurer la beauté et le prix.