vendredi 17 avril 2020

Hasta Luego, Luis (Claude Vautrin)



Hasta luego, Luis par Claude Vautrin

Je suis triste et en colère. Satané Covid19. Luis Sepulveda vient de s’envoler. Une part de moi, l’essentielle peut-être, avec lui. Quoique ! On ne résiste pas à la dictature - celle de Pinochet du Chili brun - à l’exil qui en découle, à l’ultralibéralisme qui, démocratie décadente aidant, remet en scène la violence que le fascisme a assumée, on ne résiste pas sans cultiver l’espoir, façonner le lendemain. « On peut vivre en bien des lieux. L’un s’appelle pays, un autre s’appelle exil. Un autre s’appelle là où diable je me trouve », écrivais-tu dans « La Lampe d’Aladino », un de tes chers écrits. J’avais choisi cet extrait comme exergue de mon dernier ouvrage « Pour l’amour des Vosges ». Comme quoi rien de ce qui se passe sur la planète, où qu’en soit le village, rien de ce qui construit l’homme, le métamorphose, n’est indifférent ! Luis, mon ami, mon frère, je pressens où tu es, un de ces territoires du bout du monde, et pourtant si proches de nos aspirations, de nos combats, que tu aimais à défricher, à déchiffrer, inconnus, et pourtant si proches des valeurs que tu défendais et illustrais. Ta vie, ton œuvre sont exemplaires, non, en dépit des souffrances, des solitudes subies, mais dans cette aptitude à ouvrir des chemins de compréhension, des horizons nouveaux, où le vécu, l’imaginaire, les plus absolus, se mêlaient pour le plus grand plaisir de la lecture, donc de la réflexion, donc de la métamorphose intime et… collective. Zorbas, le chat noir, couvant l’œuf de la mouette pour protéger et inviter le poussin à voler : quel plus beau message ! Ton humour, cette aptitude à cultiver l’utopie, cette volonté inébranlable de rester debout vont me porter jusqu’au bout, en compagnie de l’Ouzbek muet, du tueur sentimental, du chat ami de la souris, de la baleine blanche et du chien Mapuche. Merci à toi, Luis. Hasta luego, c’est sûr !

Claude Vautrin

1 commentaire:

  1. nos quedamos contigo Luis, porque nosotros tambien leemos tus novelas de amor, que son de amor de la vida...

    RépondreSupprimer